Entretien

Renault Group et Tolv (ex-Phoenix Mobility) industrialisent le rétrofit des VUL

Renault Group et Tolv (ex-Phoenix Mobility) industrialisent le rétrofit des VUL

Julie Vatier, directrice business après-vente véhicule et économie circulaire chez Renault Group, et Wadie Maaninou, co-fondateur de Tolv.

© Renault - Tolv

Annoncé mi-juillet, le partenariat entre Renault Group et Tolv (ex-Phoenix Mobility) est la première association entre un constructeur automobile généraliste et une start-up prometteuse dans le secteur encore naissant du rétrofit. Cette collaboration rapprochée doit aboutir au lancement d'une nouvelle offre commerciale multimarque et sans frontière. Entretien avec Julie Vatier, directrice business après-vente véhicule et économie circulaire chez Renault Group, et Wadie Maaninou, co-fondateur de Tolv.

L’Automobile & L’Entreprise : Quelle est la genèse du partenariat annoncé récemment entre vos deux marques ?

Julie Vatier : Chez Renault Group, nous avons commencé à nous pencher sur la question du rétrofit début 2020. En regardant attentivement ce marché et l’intérêt pour nos clients contraints par les réglementations comme les zones à faibles émissions, ce sujet est apparu comme une opportunité pour l’après-vente Renault de créer de nouveaux services. Il a ensuite pris une dimension plus importante quand le projet de la Refactory de Flins, dédiée aux activités d’économie circulaire, a été annoncé à l’été 2020. À cette époque, j’ai alors rencontré l’ensemble des acteurs du rétrofit sur le marché français et finalement, nous avons décidé de poursuivre les discussions avec Tolv. Nous partageons avec eux la conviction que le secteur des véhicules utilitaires légers est le plus opportun, en tout cas dans un premier temps, pour appréhender ce nouveau marché.

Wadie Maaninou : Les discussions avec Renault Group ont démarré justement au moment où chez Tolv, nous cherchions à nous forger des convictions ainsi qu’à définir notre positionnement avec l’objectif de donner un coup d’accélérateur industriel à des kits de conversion performants et fiables, les plus au fait des normes de sécurité et de fiabilité actuelles. Cibler les véhicules utilitaires légers est finalement l’équation technico-économique la plus intéressante, avec moins de diversité au niveau des modèles et une stratégie commerciale réplicable. Le tout dans une logique d’économie circulaire.

L’Automobile & L’Entreprise : Pour Tolv qui est une jeune pousse, on comprend bien l’intérêt de s’appuyer sur un grand groupe automobile pour s’industrialiser et se développer. Pourquoi chez Renault Group avoir fait le choix d’un partenariat plutôt que de développer des compétences internes ?

Julie Vatier : L’ensemble des scenarii ont été étudiés. Mais le rétrofit nécessite des compétences spécifiques. Tout d’abord en « reverse engineering » multimarque, un aspect important à ne pas oublier. Si le test mené prochainement va porter sur des véhicules de marque Renault, le rétrofit dans sa version industrialisée ne sera possible que si nous arrivons à une vision multimarque de l’offre. La deuxième compétence réside en l’homologation, très différente de celle de série que les constructeurs connaissent. Ainsi, sur ce marché encore naissant, nous avons décidé de ne pas internaliser ce sujet mais davantage de jouer la complémentarité avec un acteur spécialisé. Par ailleurs, la Refactory de Flins est un écosystème destiné à évoluer avec des partenaires. Le rétrofit va aussi nous permettre de récupérer un certain nombre d’éléments des moteurs thermiques qui passeront par l’usine de reconditionnement des pièces afin de leur redonner une seconde vie. C’est une vraie histoire d’ensemble que nous allons raconter.

L’Automobile & L’Entreprise : Sur quel(s) modèle(s) la première phase de test va-t-elle porter et quels sont les objectifs fixés ?

Wadie Maaninou : Nous allons entamer une phase de « Proof of Concept » qui va permettre de tester, sur un périmètre donné, la viabilité technique et réglementaire d’un rétrofit industriel. Car finalement, la difficulté n’a jamais été d’électrifier un véhicule mais davantage de pouvoir fournir un potentiel d’industrialisation avec une conformité aux normes réglementaires égale voire supérieure à un véhicule électrique sorti d’usine. Nous avons décidé de nous concentrer dans un premier temps sur le Renault Master. Dès cette année, nous allons co-développer le kit dédié à l’instar de celui que nous avons déjà pour le Renault Trafic. À partir de 2023, nous entamerons la phase d’industrialisation et de commercialisation d’une solution avec l’objectif d’un millier de véhicules convertis. Cela devrait nous permettre de confirmer les hypothèses sur l’attraction du marché, l’intérêt des clients et leur satisfaction. Nous serons ensuite en mesure de pouvoir dupliquer ce modèle sur d’autres marques d’utilitaires et une zone géographique étendue.

L’Automobile & L’Entreprise : Vous parlez d’une vision multimarque. Quels sont les objectifs de Renault à terme ? Comptez-vous proposer largement les futures offres rétrofit aux professionnels via vos services après-vente ?

Julie Vatier : Ce teste a pour vocation à faire rentrer Renault dans le vif du sujet. Il nous faut obtenir les réponses qu’il nous manque pour éventuellement aller plus loin. La phase suivante est conditionnée aux résultats. Mais l’industrialisation du rétrofit, qui est une des clefs du développement de ce marché, sous-entend le développement d’offres standardisées. Nous savons que demain, pour que ça marche, les solutions doivent dépasser les frontières de la marque et du modèle. C’est d’ailleurs pour cela que c’est l’après-vente qui porte ce sujet chez Renault Group. Nos services s’adressent déjà aux véhicules de toutes marques.

L’Automobile & L’Entreprise : Tolv ne deviendra donc pas une sous-marque de Renault…

Wadie Maaninou : L’objectif est bien de pouvoir viser beaucoup plus loin et plus large. Nous avons vocation dans notre « road-map » à pouvoir adresser des VUL multimarques. Avec Renault Group, nous allons pouvoir réaliser nos ambitions beaucoup plus rapidement et nous allons bénéficier d’une force de frappe commune plus importante. Si nous arrivons à industrialiser et à standardiser, nous serons en mesure assez facilement d’adresser d’autres marques et modèles. Ce qui est de l’intérêt de nos clients communs qui ont majoritairement des parcs multimarques. Nous devons donc être en mesure de leur proposer un accompagnement complet.

L’Automobile & L’Entreprise : Comment tout cela se met-il en place très concrètement ?

Wadie Maaninou : Nous avons lancé différents chantiers. La partie co-développement implique aujourd’hui une dizaine de personnes de chaque entité, regroupant aussi des expertises et des métiers différents. La partie industrialisation et manufacturing est amenée à grossir dans les prochains mois comme les équipes de commercialisation et de marketing.

Julie Vatier : C’est un projet très transversale avec la réunion de différents corps de métier et différentes expertises. C’est d’ailleurs cela qui en fait la richesse et un futur succès collectif. Nous explorons agilement et nous allons ouvrir un nouveau marché qui implique toutes les directions de Renault Group ainsi qu’un partenaire extérieur. La mise en place plus concrète sur Flins est, quant à elle, prévue pour 2023. L’ouverture d’une ligne d’assemblage avec un cadencement de production devrait intervenir entre septembre et décembre de l’année prochaine.

L’Automobile & L’Entreprise : Pouvez-vous nous rappeler les différents avantages économiques et écologiques du rétrofit ?

Wadie Maaninou : Encore aujourd’hui, l’un des freins majeurs au déploiement massif du véhicule électrique est son prix d’accès. Avec le rétrofit, nous arrivons à proposer une conversion deux à trois fois moins cher qu’un utilitaire électrique neuf sorti d’usine. En parallèle, sur un cycle d’usage complet, la conversion permet une économie de CO2 substantielle à hauteur de 50 % des émissions produites par le cycle de vie d’un véhicule neuf. Enfin, l’autre intérêt, qu’on oublie trop souvent, réside dans la rapidité d’exécution et de délivrabilité, un sujet de plus en plus important pour nos clients qui font face à des difficultés d’approvisionnement.

Julie Vatier : En effet, le rétrofit utilise les codes de l’après-vente et, finalement, il s’agit simplement d’une pièce en stock ! Cela va nous permettre de répondre aux demandes sans délais, et ce sera là-aussi l’une des clefs du succès. En revanche, il nous est encore difficile à qualifier et quantifier l’équation « disponibilité-prix-performance ».

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