[Rencontre] Marjorie Poprawski, directrice générale de Yakarouler

Fabio CROCCO

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[Rencontre] Marjorie Poprawski, directrice générale de Yakarouler

[Rencontre] Marjorie Poprawski, directrice générale de Yakarouler

Troisième site de e-commerce de pièces détachées national, Yakarouler est souvent l’objet de rumeurs concernant sa santé économique, alors que les deux sites leaders ont été dans l’obligation de s’adosser à un industriel pour poursuivre leur route. Sa directrice générale fait un point de la situation.

Décision Atelier : Comment va la santé de Yakarouler en cette période très compliquée ?
Marjorie Poprawski : Nous traversons la situation de manière identique à toute la profession. Nous sommes tous logés à la même enseigne. Depuis le 16 mars nous perdons du chiffre d’affaires, mais nous avons la chance d’avoir des fournisseurs qui nous aident fortement à passer la vague.

DA : Vous parlez entre autres du groupement de distribution polonais Inter Cars, dont il se dit qu’il serait entré au capital de Yakarouler ?
MP : Nous nous sommes en effet dernièrement rapprochés d’Inter Cars. Mais je tiens à préciser qu’il n’y a pas de prise de participation. Il s’agit d’un partenariat étroit, Inter Cars deviendrait notre principal fournisseur. Cela dit, nous ouvrons notre capital avec la recherche d’un investisseur. Ce dernier pourrait profiter des prix extrêmement attractifs que nous avons négociés avec Inter Cars. Nous sommes en passe de devenir très compétitifs avec une politique de prix extrêmement agressifs. Les prix polonais ne sont pas les prix français ! Ma mission chez Yakarouler est de trouver ce futur investisseur.

DA : Il n’est plus possible pour un site de vente en ligne d’avancer seul, sans investisseur industriel ?
MP : En prenant, il y a trois ans, la décision de tirer ses prix vers le bas au détriment d’une marge vitale, Oscaro, premier site en France, nous a tous conduits dans une situation délicate. Oscaro le premier. Cela étant dit, je pense qu’avec une politique de prix cohérente et une différenciation qui se fait sur le service ou sur le choix, on peut s’en sortir seul. Maintenant, si l’on souhaite passer à la vitesse supérieure et envisager un déploiement international, faire rentrer un investisseur devient quasi obligatoire. Notre but n’est pas de vivoter.

"Si l’on souhaite passer à la vitesse supérieure et envisager un déploiement international, faire rentrer un investisseur devient quasi obligatoire"

DA : Où en êtes-vous dans vos discussions avec de possibles investisseurs ?
MP : Nous sommes en discussion depuis décembre avec un en particulier. Malheureusement, la crise sanitaire a tout ralenti et rendu les investisseurs plus frileux. Nos premières discussions devaient aboutir, elles ont été mises en suspens face à avenir économique incertain. Il est difficile d’imaginer une opération cette année, mais nous faisons tout pour.

DA : Vous discutez avec des industriels ou des financiers ?
MP : Il n’y a d’intérêt que d’être adossé à un industriel pour bénéficier de synergies.

DA : Une rumeur donnait le nom de PHE, mais il possède déjà Oscaro…
MP : En quoi cela peut-il être un frein ? Nous n’avons pas les mêmes clients et avons un réseau de 1 400 garages partenaires, ce que n’a pas Oscaro. On peut toujours se dire qu’un industriel qui possède déjà un site de e-commerce peut profiter de nos quatorze ans d’expérience en référencement sur Google pour contrer la concurrence, dont celle d’Autodoc. Cet argument vaut autant pour PHE que pour PSA, qui a du mal à trouver de la rentabilité avec Mister Auto. De plus, PHE reste l’un de nos principaux fournisseurs. D’une manière générale, Yakarouler est un véritable levier ou accélérateur, tant pour la vente en ligne que pour son ERP, qui répond à de très nombreuses problématiques des acteurs de l’aftermarket.

DA : Alliance Automotive Group ? LKQ ?
MP : Pour ce qui concerne AAG, il faudrait avant qu’ils comprennent l’intérêt de prendre le virage du digital ! Je suis surprise de voir le retard qu’ils accusent sur ce front. Un retard qu’ils vont avoir du mal à rattraper. En ce qui concerne LKQ, je crois avoir compris qu’ils ont gelé leurs investissements dans l’attente de consolider toutes leurs acquisitions de ces dernières années.

DA : Qui aurait, à vos yeux, un intérêt à investir dans Yakarouler ?
MP : Ça pourrait être un pneumaticien ou un réparateur rapide qui entame sa découverte du e-commerce et qui pourrait ainsi poursuivre plus largement sa digitalisation. Notre catalogue, notre technologie et notre expertise du digital sont des atouts. Nous pouvons apporter beaucoup aux acteurs de l’aftermarket qui ne sont pas encore positionnés sur le e-commerce, un canal de vente qui trouve tout son intérêt en cette période de confinement et qui permet de maintenir un certain niveau d’activité, même auprès des professionnels, qui représentent la moitié de nos clients. Des centres-autos et certains constructeurs pourraient aussi tirer avantage à investir dans notre structure.

"Notre catalogue, notre technologie et notre expertise du digital sont des atouts"

DA : Estimez-vous avoir une technologie particulière ?
MP : Depuis dix-huit mois nous travaillons sur la refonte d’un nouveau catalogue avec un nouveau moteur de recherche. Notre métier est complexe du fait de la data à gérer. On parle bien de dizaines de millions de combinaisons possibles pour la simple recherche de pièces détachées. Quand on construit les prix, il faut multiplier cette masse de données par le nombre de fournisseurs et les règles qui y sont attachées. Les informations à traiter dans tous les sens sont donc gigantesques, et faire des changements prend du temps. Avec notre outil, nous pouvons désormais gérer nos prix, notre catalogue et nos fournisseurs en un temps record. Il faut par exemple quelques minutes pour modifier tous nos prix. L’intérêt majeur, c’est que nos prix soient construits en tenant compte, en temps quasi réel, de la disponibilité de nos fournisseurs. Ainsi, les prix sont ajustés au mieux en fonction des stocks de nos partenaires, de nos objectifs de marge et des prix de la concurrence.

DA : Yakarouler représente combien de salariés ?
MP : Nous sommes 42.

DA : Êtes-vous un site rentable aujourd’hui ?
MP : Depuis juin nous avons renoué avec la rentabilité. Le partenariat avec Inter Cars pourra venir consolider et améliorer ce point.

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