Stationnement : quand les parkings souterrains deviennent « centres de mobilité »

Stationnement : quand les parkings souterrains deviennent « centres de mobilité »

Situé dans le 8e arrondissement de Paris, le parking Saemes Madeleine-Tronchet est l'archétype du « parking du futur ».

© Saemes

Les opérateurs de stationnement s'adaptent aux nouveaux usages de leurs clients. Véhicules électriques, motos mais aussi vélos franchissent désormais la barrière de leurs ouvrages. Et cela devrait être encore possible longtemps.

« Le parking n’est plus un parking mais un centre de mobilité. Il est aussi un élément de proximité dans une ville qui se réinvente ». Ghislaine Geffroy est catégorique lorsqu’on l’interroge sur l’avenir du stationnement dans les métropoles et plus particulièrement sur le destin du stationnement en ouvrage. C’est-à-dire au sein de parkings souterrains ou en silo [à étages, ndlr]. « Il faut être très attentif à accompagner l’évolution des comportements », souligne encore la directrice générale de la Saemes. Deuxième opérateur de stationnement à Paris, l’entreprise – dont le capital est détenu à 50 % par la Ville de Paris – gère 70 parkings et un total de 30 200 places en ouvrage et en voirie dans la capitale et dans certaines communes d’Île-de-France.

Au début de l’été 2022, l’entreprise a inauguré les travaux de rénovation du parking Madeleine-Tronchet, localisé dans le 8e arrondissement de la capitale. Un ouvrage de 29 000 mètres carrés abritant 944 places de voitures réparties sur six niveaux situés sous la place et la célèbre église de la Madeleine. Pour ce chantier à 2,7 millions d’euros, la Saemes ne s’est pas contenté de passer un simple coup de peinture et d’effectuer une profonde remise aux normes du lieu : 505 bornes de recharge pour véhicules électriques, délivrant de 3,4 à 22kW, ont été installées.

« Une politique de transformation de l'espace public mais aussi du sous-sol »

Avec une place branchée sur deux, ce site est devenu « le premier parking électrifié de France » et « même d’Europe », selon les plus chauvins. Mais pourquoi donc installer autant de bornes d’un coup ? « La Ville de Paris, en sa qualité de maître d’ouvrage, nous l’a demandé et il nous a semblé important de montrer qu’il faut changer de référentiel. Le thermique, ce sera fini dans une dizaine d’années. Si l’on ne se met pas en état de marche, on n’absorbera jamais la demande. Il vaut mieux avoir trop de bornes maintenant que pas assez plus tard », justifie Ghislaine Geffroy.

« Nous accompagnons l’évolution des mobilités à travers la sortie du thermique au profit de l’électrique gage d’une réduction de la pollution et des nuisances sonores. En tant qu’élu, je porte une politique de transformation de l’espace public mais aussi du sous-sol. Cela implique donc la transformation d’espaces existants pour accueillir ces nouvelles mobilités. Dans quelques années, ce parking sera plein de véhicules à faibles émissions ! », complétait lors de la visite du site, David Belliard, adjoint à la maire de Paris en charge de la transformation de l’espace public, des transports, des mobilités, du code de la rue et de la voirie.

Accueillir de nouveaux usagers

« La moitié du stationnement de surface va disparaître [dans les prochains mois] et les espaces libérés vont être transformés pour faire plus de place aux vélos, aux piétons, aux transports en commun et à la nature », poursuivait alors l’élu. Cette raréfaction des places en voirie va donc faire le bonheur des concessionnaires comme la Saemes mais aussi Indigo, SAGS, Q-Park ou encore Interparking. Tout comme la mise en œuvre du stationnement payant pour les deux-roues motorisés effective au 1er septembre.

À Madeleine-Tronchet, 237 emplacements ont d’ores et déjà été réservés pour les motos et scooters, dont 30 équipés de prises électriques. Archétype du « parking du futur », l’ouvrage accueille aussi les vélos dans un espace sécurisé. 50 places sont réservées aux cyclistes qui bénéficient également de services annexes comme un gonfleur ou encore la vente de petits équipements (signalisation lumineuse, bandes réfléchissantes…).

Pour attirer les clients dans ces nouveaux espaces, « il faut proposer de nouveaux services que l’on ne trouve pas sur la voie publique : la sécurisation des accès, des casiers à casques ou à batteries, la distribution de consommables ou encore des prestations de réparation », énumère Ghislaine Geoffray. « Il y a encore quinze ou vingt ans, personne n’aurait imaginé faire descendre un vélo dans un parking souterrain ! Mais notre métier, c’est la mobilité des personnes », souligne-t-elle.

Valoriser le foncier disponible

Le développement de ces nouvelles formes de stationnement permet également de valoriser des espaces disponibles et qui risquent de demeurer vides si les centres urbains se ferment totalement à l’automobile. « Même si les rues se ferment au trafic, il faudra toujours stationner quelque part. Et puis, une ville sans voiture, c’est une ville musée », avance-t-on à la Saemes, bien consciente que « la mobilité évolue vers moins de véhicules et donc plus de places, d’espaces disponibles ». Un foncier qui pourrait être alors valorisé autrement. « Le foncier en centre-ville, c’est plutôt rare. Le coût de celui utilisé pour les parkings étant déjà amorti sur d’autres fonctions, les ouvrages peuvent donc désormais être source de rentabilité supplémentaire », explique-t-on.

Des hubs de logistique urbaine pourraient donc voir le jour en sous-sol. Aujourd’hui, cela est possible et déjà le cas dans certains endroits [voir encadré], à condition de ne pas exploiter plus de 200 mètres carrés. « La réglementation française peut évoluer sur ce point. Il faut s’appuyer sur ces expérimentations pour ouvrir de nouvelles portes et les opérations de réouverture d’ouvrages après travaux sont un excellent moyen de faire évoluer les usages et les services proposés », s’enthousiasme Ghislaine Geffroy, qui pourrait rapidement faire plancher ses équipes ou ses collègues réunis au sein de la Fédération nationale des métiers du stationnement sur ces questions.

L’étonnant avenir de certains ouvrages

À Paris, la municipalité actuelle – lancée dans une chasse aux voitures, qu’elles soient thermiques ou électriques – a décidé de donner une nouvelle vie à plusieurs parcs de stationnement. Dans le 18e arrondissement de la capitale, les 3 500 mètres carrés du parking Raymond-Quesnaud (propriété du bailleur social ICF Habitat) ont été transformés en ferme urbaine. Une start-up y fait pousser… des champignons de Paris ou encore des endives. À la suite de l’incendie de la cathédrale Notre-Dame, survenu en 2019, le parking situé sous le parvis de l’édifice a été condamné. Il ne rouvrira pas aux véhicules après le réaménagement des abords de l’édifice. Cette construction souterraine « sera transformée en une promenade intérieure. Celle-ci abritera sur 30 000 mètres carrés des espaces d’accueil de Notre-Dame (bagagerie, sanitaires, salles pour les groupes, …) et offrira de nouvelles expériences aux visiteurs : un nouvel accès à la crypte archéologique et une ouverture sur la Seine », a fait savoir la municipalité lors de la présentation du projet lauréat. Enfin, en plein cœur de la ville, près du Centre Pompidou, le sort du parking Horloge-Grenier Saint-Lazare est jeté. Dans le cadre de l’appel à projets Réinventer Paris 2, ce site inoccupé depuis 2014 va être transformé en hub logistique et lieu de vie ouvert aux habitants et commerçants.

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