Véhicule électrique : l'idée d'un « leasing social » de l'État fait son chemin

Véhicule électrique : l'idée d'un « leasing social » de l'État fait son chemin

Le prix du véhicule électrique est un frein à l'achat pour un grand nombre de consommateurs.

© Auto Infos

Pour soutenir l'achat d'un véhicule électrique, la branche des concessionnaires VP de Mobilians (ex-CNPA) appelle à une aide massive et régulière de l'État pendant au moins dix ans. Le syndicat des distributeurs automobiles propose de mettre en place un « leasing social » sous forme de prêt à taux zéro sur une période longue. 

Afin de répondre aux impératifs européens de transition énergétique, Mobilians, via la branche des concessionnaires VP, propose d’activer un dispositif de type prêt à taux zéro adossé à une garantie de l’État. L’objectif est de pouvoir proposer une mensualité abordable par l’allongement de la durée du financement (10 ans, par exemple). Une sorte de « leasing social » auquel les candidats à l'élection présidentielle, à commencer par Emmanuel Macron se sont montrés favorables. En l’état, le dispositif serait soumis aux conditions de ressources à la distance minimum domicile/lieu de travail.

Entretien avec Marc Bruschet, président de la branche des concessionnaires VP de Mobilians, qui revient pour Auto Infos sur l'actualité de l'ensemble des transformations touchant la distribution automobile.

Auto Infos : Quels sont les freins à l’achat d’un véhicule électrique ?  

Marc Bruschet : Il y en a deux. Le premier c’est le prix, le deuxième c’est l’autonomie. Nous constatons que le canal des particuliers est moteur dans le BEV tandis que les professionnels le sont pour le PHEV. Le véhicule électrique est extrêmement sensible aux prix. Il va falloir réfléchir à un financement différent du véhicule électrique. Un mécanisme que l’on peut envisager c’est une sorte de « leasing social ». C’est une formule packagée avec un allongement de la durée du financement sur dix ans avec une garantie de l’État sur le remboursement. Dans ce mécanisme, les constructeurs pourraient également accompagner le mouvement sous forme de remise. C’est une question centrale pour la mobilité des Français. Il faut un prix catalogue qui soit abordable.

Auto Infos : Allons-nous vers une simplification importante des gammes ?  

Marc Bruschet : L’uniformisation des modèles : j’espère qu’on n’y arrive pas. Cette idée vient du modèle Tesla. Ça marche bien pour ce constructeur qui a une aura technologique et des avantages comparatifs que les autres constructeurs n’ont pas. Je ne suis pas sûr que cela fonctionne quand il s'agit de créer de la demande. Il faudra forcément une segmentation.

Auto Infos : Le paquet climatique européen Fit for 55 prévoit la fin de la commercialisation du véhicule thermique en 2035. Est-ce possible selon vous ?  

Marc Bruschet : Les Allemands viennent de faire une seconde volte-face ce qui met à mal la clause de revoyure envisagé en 2028 par le ministre de l’Économie et des Finances. Je l’appelle de mes vœux.

Auto Infos : Comment abordez-vous les prochaines échéances concernant les zones à faibles émissions (ZFE) ?  

Marc Bruschet : En l’état actuel, le dispositif des ZFE est à la fois opaque, incohérent et irréaliste. Il faut savoir que personne n’est au courant comme le montre un sondage Harris pour 60 % des sondés. Il faudrait une campagne nationale de communication et pouvoir mettre à disposition des particuliers et des entreprises un outil d’information pour aller au-delà. Il y a également une incohérence à deux niveaux. Il n’y a pas de coordination sur le calendrier de déploiement des ZFE. Au 31 décembre 2021, nous devions avoir onze communes qui basculaient, hors au 1er janvier 2022 il en manque quatre. À côté de cela, il y a des précurseurs comme Paris ou encore Reims et Saint-Etienne qui sont en avance. À noter que Lille est dans l’indécision la plus totale. Il n’y a pas non plus d’homogénéisation dans la nature des restrictions adoptées. Au-delà de la règle, il existe des dérogations au niveau national et d’autres au niveau local.

Auto Infos : Les ZFE sont-elles également irréalistes donc ?  

Marc Bruschet : Oui, c’est le cas de Paris. D’après le calendrier, on va interdire les véhicules Crit’Air 2 et en-dessous au 1er janvier 2024, soit 67 % des VP du Grand Paris et on va interdire aussi 93 % des véhicules utilitaires légers en deux ans.

Auto Infos : Quelle est l’incidence pour la distribution automobile ?  

Marc Bruschet : Cela pose plusieurs problèmes. La ZFE va accélérer la décroissance du marché du véhicule neuf sauf à établir une sorte de « leasing social » pour aider à l’achat d’un véhicule électrique. Il peut y avoir aussi une distorsion de concurrence entre ceux installés à l’intérieur et ceux à la périphérie. L’enjeu de la ZFE n’est pas discutable, c’est un enjeu de santé publique. Ce qui est contestable c’est les moyens déployés pour y parvenir. Il faut absolument que les professionnels de l’automobile soient associés au calendrier et la définition des restrictions.

Auto Infos : Où en sommes-nous des discussions autour des nouveaux contrats d’agent ?  

Marc Bruschet : La Commission européenne a relancé une vague de consultations en février dernier. On aura la publication du règlement fin juin 2022 pour une règle qui est censée s’appliquer au 1er juin. Ce n’était jamais arrivé à la Commission d’avoir un mois de retard. Cela signifie que le texte n’est pas figé et qu’il y a des difficultés. S’agissant des contrats de distributeurs, je ne pense pas que le nouveau règlement change quelque chose. Ce que l’on attend, ce sont les lignes directrices. C’est dans celles-ci que l’on pourra avoir les conditions d’exemption d’un contrat d’agent.

Auto Infos : Ce prochain contrat d’agent est-il favorable aux grands groupes ?  

Marc Bruschet : Je ne crois pas que le problème se situe à ce niveau, d’autant que pour le moment on ne connaît pas les conditions de rémunération. Le but poursuivi par un constructeur, quand il bascule sur un contrat d’agent, est double. Le premier c’est de s’approprier la data et le second c’est de déterminer le prix. Derrière cette idée, il y a une volonté de faire des économies sur les coûts de distribution. Je rappelle que celui-ci n’est pas de 30 % mais bien de 7 % dans l’étude que nous avions fait avec ICDP pour Mobilians avec une qualité de service très satisfaisante au niveau du consommateur.

Auto Infos : Comment envisagez-vous la fin de l’année 2022 ?  

Marc Bruschet : Nous allons avoir une mauvaise année 2022 qui pourrait peser sur les comptes de la distribution automobile, y compris pour les groupes qui bénéficiaient de bons résultats réalisés par les marques en 2021 comme Peugeot, par exemple.

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