
L'électrique a des dynamiques inversées aux États-Unis et en Europe.
© Renault
Les marchés américain et européen de la voiture électrique évoluent désormais dans des directions opposées. Aux États-Unis, les immatriculations de véhicules électriques ont chuté de 30,7 % sur les neuf premiers mois de 2026, tandis que leur part de marché progresse sensiblement en Europe. Une divergence qui contraint les constructeurs internationaux à revoir leurs stratégies commerciales et industrielles.
Selon les chiffres de l'Association des constructeurs européens d'automobiles (ACEA), les voitures électriques représentent désormais 23,2 % du marché européen, contre 17,7 % un an auparavant. Autrement dit, leur pénétration est près de quatre fois supérieure à celle observée aux États-Unis.
Ford et General Motors particulièrement touchés
Le recul américain frappe particulièrement les constructeurs historiques. Sur les neuf premiers mois de l'année, les ventes de véhicules électriques de Ford ont chuté de 68 %, tandis que celles de General Motors ont diminué de 43 %. Tesla résiste relativement mieux, avec un recul de 14 %, alors que Rivian progresse de 29 %, notamment grâce à l'arrivée de son nouveau SUV R2.
Cette baisse intervient un an après la suppression du crédit d'impôt fédéral de 7 500 dollars accordé aux acheteurs de véhicules électriques. La disparition de cette aide avait provoqué une accélération des achats avant son échéance, suivie d'un net ralentissement de la demande.
Face à cette situation, plusieurs constructeurs américains ont revu leurs ambitions électriques. Certains réduisent leurs investissements ou reportent des lancements, tandis que d'autres privilégient désormais les motorisations hybrides. Honda a notamment annoncé l'arrêt de sa production de véhicules électriques à la fin de l'année afin de renforcer son offre hybride.
Cette réorientation se retrouve dans les chiffres du marché. Aux États-Unis, les ventes de véhicules hybrides ont progressé de 23 %, pour atteindre une part de marché de 15,6 %. Le marché de l'occasion électrique affiche également une croissance de 19 %, signe que la demande reste présente, mais se déplace vers des véhicules plus accessibles financièrement.
En Europe, une dynamique inverse
Sur le Vieux Continent, les ventes électriques continuent au contraire de progresser, soutenues par plusieurs facteurs. La hausse des prix des carburants renforce leur attractivité économique, tandis que les réglementations européennes sur les émissions de CO? incitent les constructeurs à élargir leur offre.
L'arrivée de modèles plus abordables contribue également à cette dynamique. Les constructeurs européens multiplient les lancements sur les segments des petites voitures, tandis que les marques chinoises, notamment BYD, MG et XPeng, accentuent la pression concurrentielle. Le marché européen bénéficie désormais d'une offre de plus de 150 modèles électriques, selon les données reprises par Reuters. Cette diversification permet de toucher une clientèle plus large et de réduire progressivement la dépendance aux modèles haut de gamme.
Deux marchés, deux stratégies industrielles
Cette divergence place les constructeurs internationaux devant un véritable défi. Les groupes présents sur les deux continents doivent adapter leurs investissements et leurs gammes à des marchés dont les trajectoires s'éloignent.
Aux États-Unis, les motorisations thermiques et hybrides conservent une place prépondérante, tandis que l'Europe poursuit son électrification sous l'effet des contraintes réglementaires et de la concurrence chinoise. Pour les constructeurs mondiaux, l'enjeu est désormais de concilier deux stratégies : ralentir certains investissements électriques outre-Atlantique tout en accélérant le renouvellement de leurs gammes en Europe. Une situation mise en place par Stellantis dans son dernier plan Fastlane 2030 qui pourrait durablement modifier leurs arbitrages industriels et commerciaux.





