Carflex revient à ses fondamentaux pour préparer la carrosserie de demain

Fabio CROCCO
Carflex revient à ses fondamentaux pour préparer la carrosserie de demain

© Carflex

Vingt ans après sa création, Carflex ouvre un nouveau chapitre. Nouvelle gouvernance, nouveau directeur général, renforcement de l'accompagnement des adhérents : le groupement veut revenir à son modèle originel tout en l'adaptant aux mutations du marché.

Pour ses vingt ans, Carflex a choisi de revenir à son point de départ. Après le renouvellement de son conseil d'administration fin 2025 et la mise en place d'une coprésidence confiée à Laurent Zammit et Guy Lambert, le groupement de carrossiers indépendants a recruté Thierry Lutter à sa direction générale.

Arrivé en février, ce dernier a reçu une feuille de route assez claire : concentrer de nouveau les moyens de Carflex sur ce qui avait présidé à sa création. « Il a été décidé de revenir aux fondamentaux du groupement, c'est-à-dire de continuer la philosophie d'un groupement à proprement parler, sans contraintes et sans obligations », explique Thierry Lutter. Un choix qui marque une prise de distance avec certains projets de diversification engagés auparavant. La nouvelle gouvernance privilégie désormais la massification des achats et des services, l'accompagnement des entreprises et les échanges entre adhérents.

Thierry Lutter connaît déjà l'univers de la carrosserie pour l'avoir côtoyé lorsqu'il évoluait dans la distribution de peinture, notamment chez Axalta. Le projet présenté par les deux coprésidents l'a convaincu de rejoindre un groupement confronté, comme l'ensemble de la réparation-collision, à une accélération des transformations du marché.

Plus de 100 ateliers, mais pas de course au volume

Carflex rassemble aujourd'hui plus d'une centaine d'ateliers représentant environ 93 millions d'euros de chiffre d'affaires cumulé. Son implantation reste toutefois hétérogène : le groupement est notamment bien représenté en Bretagne et le long d'un axe allant vers la vallée du Rhône, Nice et Montpellier, tandis qu'il compte encore peu d'adhérents dans le Sud-Ouest et certaines zones de l'Est.

La porte reste ouverte à de nouvelles adhésions, mais le groupe ne souhaite pas transformer son développement en course au nombre de sites. Les candidatures sont notamment soumises aux adhérents présents dans les régions concernées. La taille de l'entreprise ou son chiffre d'affaires ne constituent pas des critères déterminants. Le réseau revendique ainsi la possibilité de faire cohabiter des entreprises employant quelques salariés et des carrosseries beaucoup plus importantes. L'enjeu porte davantage sur l'adhésion au fonctionnement collectif.

« L'un des piliers, c'est de rompre l'isolement du chef d'entreprise », souligne Thierry Lutter. Le modèle capitalistique traduit lui aussi cette organisation particulière. L'entrée dans la grande famille ne signifie pas automatiquement devenir actionnaire. Un réparateur commence comme adhérent et peut ensuite entrer au capital lorsque des actions deviennent disponibles. La massification reste néanmoins la première raison d'être économique du groupement. Carflex représente aujourd'hui environ 25 millions d'euros d'achats.

Mais le périmètre que Carflex entend mutualiser est beaucoup plus large. Véhicules de remplacement, solutions RH, outils et différents services doivent également permettre aux adhérents de bénéficier du poids collectif du groupement. Cette politique doit aussi s'adapter à l'évolution du parc. Un modèle d'approvisionnement historiquement très concentré sur des marques comme Renault et Peugeot ne suffit plus face à l'arrivée de nouveaux constructeurs, notamment asiatiques. « Tous les nouveaux acteurs ou tous les nouveaux process qui arrivent changent le métier », observe le directeur général. Formation, achats et services doivent donc suivre cette diversification. Le réseau tient toutefois à conserver un principe : aucun adhérent n'est obligé d'utiliser les accords négociés par le groupement. Cette absence d'obligation constitue même l'une des caractéristiques que la nouvelle direction entend préserver.

APS entre dans la boîte à outils

Cette logique explique le récent rapprochement avec Auto Part Select. La solution a été étudiée par le conseil d'administration puis testée par plusieurs adhérents avant d'être retenue. Son déploiement a désormais commencé dans le réseau. L'outil doit notamment faciliter la recherche et l'achat de pièces en intégrant les accords négociés par Carflex. Le groupement continue parallèlement de travailler avec différents distributeurs, sans logique d'exclusivité. L'ancien accord avec ID Rechange n'est ainsi plus d'actualité. Le groupement conserve en revanche d'autres partenariats de distribution. Vega Pro complète ce dispositif. Cette société liée à la holding intervient notamment dans la distribution de produits autour de la thermique et de la climatisation, des consommables liés à la peinture et de l'équipement d'atelier.

La pièce de réemploi constitue un autre domaine dans lequel Carflex élargit actuellement son offre. Plusieurs nouveaux fournisseurs sont en phase de test auprès des adhérents. Leur référencement dépend notamment de la qualité des pièces et de la prestation logistique constatées sur le terrain. Global PRE fait partie des opérateurs actuellement évalués. Carflex indique également avoir engagé un partenariat avec Recyc’Auto, implanté dans la Loire.

Pour Thierry Lutter, la PRE, comme les autres catégories de pièces alternatives, illustre les évolutions auxquelles le groupement doit désormais répondre plus rapidement. Cette ouverture pourrait à terme dépasser les seuls fournisseurs. Le responsable ne ferme pas la porte à d'éventuelles coopérations avec d'autres groupements indépendants de carrossiers, indiquant que ce type de possibilité peut être étudié. Aucun projet précis n'est toutefois annoncé à ce stade. Le rapprochement récent avec A+Glass s'inscrit déjà dans cette volonté de sortir du seul périmètre du groupement. La coopération ne se résume pas à la mutualisation d'achats de vitrage. Les deux organisations travaillent sur plusieurs pistes : achats, services, formation, RSE et futurs outils. Des réunions ont commencé afin d'identifier les sujets susceptibles d'être traités conjointement. « Les idées sont à partager », résume Thierry Lutter. Il n'est donc pas encore question d'intégrer les deux organisations ou de bâtir une offre commune complète. Carflex voit plutôt cette coopération comme un moyen de confronter les pratiques de deux réseaux présents dans des métiers voisins et d'identifier progressivement les mutualisations pertinentes.

Le centre de formation laisse place au technicien itinérant

Le recentrage de Carflex entraîne aussi l'abandon de certains projets. Celui d'un centre de formation propre au groupement a ainsi été arrêté. La nouvelle direction a choisi une autre voie : déplacer l'expertise vers les ateliers plutôt que les salariés vers un centre. David Frachon a ainsi été nommé responsable technique national. Il dispose d'un programme de formations qu'il peut dispenser directement chez les adhérents, mais sa mission va plus loin. À la demande d'une entreprise, il peut observer l'organisation de l'atelier, identifier d'éventuelles pistes d'amélioration ou accompagner un nouvel adhérent. David Frachon travaille en complément de Christian Sauvignet, membre du conseil d'administration et dirigeant de la carrosserie CTA à Lorette. Ce dernier assure un rôle de référent technique, notamment pour l'évaluation de produits proposés par les partenaires ou certaines réparations plus complexes. Carflex dispose ainsi d'un accompagnement opérationnel sur le terrain doublé d'une expertise technique au niveau de son conseil d'administration.

Le changement est encore plus marqué dans le numérique. Carflex a décidé d'arrêter son activité de développement informatique interne. Le groupement avait historiquement développé ses propres outils et avait longtemps été en avance. Ce n'est plus le cas aujourd'hui. Le rythme d'évolution des logiciels et les investissements nécessaires pour les maintenir ont conduit Carflex à privilégier l'externalisation. Une solution reste en cours de finalisation sur une partie des outils destinés aux utilisateurs, mais, pour le reste, Carflex entend désormais s'appuyer sur les logiciels disponibles sur le marché. Pas question pour autant de choisir un DMS unique pour l'ensemble des adhérents. Les réparateurs conserveront leurs solutions respectives. Cette décision illustre probablement mieux que toute autre le modèle que Carflex veut préserver : une offre de services à la carte plutôt qu'un système intégré imposé aux adhérents.

Ce principe de liberté n'empêche pas le groupement de vouloir renforcer son accompagnement. Nathalie Bassi a dernièrement rejoint l'organisation pour assurer l'animation et le suivi quotidien des membres. Son rôle couvre aussi bien les difficultés rencontrées avec certains services ou fournisseurs que l'accompagnement d'une entreprise en réflexion, en difficulté ou engagée dans un projet de croissance.

Thierry Lutter entend lui aussi consacrer une partie importante de son activité aux visites d'entreprises. Cette présence est complétée par deux réunions de zone chaque année, au printemps et à l'automne. Elles sont organisées dans les carrosseries et permettent d'associer présentations de partenaires, découverte des ateliers et échanges sur les problématiques nationales ou régionales. À cela s'ajoute les journées InnovaFlex, consacrées aux fournisseurs et partenaires. Jusqu'ici organisé tous les deux ans, le rendez-vous deviendra annuel et doit désormais se tenir chaque mois de juin. Il permettra notamment aux réparateurs de rencontrer directement les entreprises avec lesquelles ils travaillent habituellement à distance.

Sans oublier les Carflex Days, rendez-vous annuels exclusivement réservé aux adhérents. La dernière édition, organisée du 18 au 20 septembre à Majorque, constituait la première de la nouvelle gouvernance. Après une séance plénière consacrée notamment au bilan de l'année, des groupes de travail ont réfléchi aux prochaines orientations sous le thème « Construisons le Carflex de demain et d'après-demain ». Le principe rejoint la volonté affichée par la nouvelle direction de remettre davantage les carrossiers dans les décisions du groupement.

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