
Renault comme d'autres constructeurs renâcle à contribuer au leasing social
© Renault
Les constructeurs veulent en finir avec le leasing social qui leur impose de vendre au rabais des voitures subventionnées alors que la demande explose. Certes, la hausse du prix du carburant change la donne mais le risque existe d’ouvrir la porte à une baisse généralisée des aides mais aussi de reléguer au second plan la question de la démocratisation de la voiture électrique.
Les voitures électriques ont-elles encore besoin de l’argent de l’État ? En ces temps de panique généralisée où les acteurs économiques plaident leur cause face au passage redouté du rouleau compresseur de la rigueur budgétaire, entendre les constructeurs souhaiter l’abandon du leasing social a quelque chose de baroque. Les réserves ouvertement formulées par Renault et Stellantis dans Les Echos – et exprimées avec la même spontanéité auprès d’Auto Infos par Sylvain Charbonnier, directeur de la marque Volkswagen en France – témoignent d’un changement de discours aussi récent que radical.
La voiture électrique subventionnée n’a donc plus la cote. Il n’est pas interdit d’esquisser un léger sourire. Jusqu’alors, la grande famille de l’automobile n’était pas la dernière à réclamer l’aide de la puissance publique, priée de mettre la main au portefeuille pour promouvoir une technologie imposée par Bruxelles malgré les réserves de la profession. L’argumentaire avancé par les constructeurs reflète néanmoins un bouleversement bien réel.
Le leasing social, un manque à gagner
Avec la hausse dantesque du prix de l’essence qui sévit depuis six mois, les voitures électriques se vendent toutes seules et avec de bonnes marges. Y compris les modèles populaires destinés au leasing social, formule hier encore célébrée par les constructeurs mais qui, compte tenu du nouveau contexte, fait rentrer moins d’argent dans les poches des marques. Sans compter qu’il impose au réseau de reprendre des véhicules dont la valeur de revente sera peu avantageuse.
Une voiture électrique lancée dans la moulinette du leasing social est un manque à gagner car la demande et les carnets de commande sont tels que les marques risquent de manquer de véhicules. Plusieurs constructeurs estiment que la part des VE dans les immatriculations pourrait même dépasser les 50 % dans les mois qui viennent. Bref, puisque tout marche sur des roulettes, pas besoin du turbo budgétaire. Cette prise de position, fondée sur la conviction que nous n’en sommes qu’au début du décollage de l’électrique, n’est pas sans risque. Elle peut entraîner les constructeurs sur une pente glissante voire ouvrir une boîte de Pandore.
La question sensible des CEE
Les critiques adressées au leasing social font écho aux débats passionnés autour des économies qui permettraient de tirer le prix du carburant vers le bas sans aggraver le déficit budgétaire. Depuis quelques jours, monte une petite musique autour des CEE (certificats d’économie d’énergie), financés par les producteurs d’énergie et instruments devenus centraux dans le financement des bonus à l’achat d’un modèle électrique. Or les CEE sont dans le collimateur de certains responsables politiques, dont des candidats à l’élection présidentielle, qui font valoir que leur suppression serait un excellent moyen de financer la baisse du prix à la pompe. En revanche, leur abandon renchérirait ipso-facto le prix de la majorité des voitures électriques, bien au-delà des modèles destinés au leasing social.
Dés lors que la question du financement public de la watture n’est plus prioritaire, le risque existe de voir se multiplier les propositions visant à le sacrifier sur l’autel des économies budgétaires. Et de charger la barque de la fiscalité des wattures. Un débat légitime mais qui pourrait tourner vinaigre si les immatriculations de modèles électriques venaient à progresser moins rapidement en raison d’un cours du baril revenu à un étiage moins déraisonnable.
Reste aussi la question de l’accessibilité. Le leasing social n’est plus dans les petits papiers des constructeurs mais il ne faudrait pas le jeter avec l’eau du bain. Ce mécanisme a été conçu pour permettre à des ménages défavorisés – même si l’on sait bien que cette définition est parfois un peu trop extensive… - de passer à l’électrique. Il serait dommageable que les constructeurs passent par pertes et profits cet objectif ou que celui-ci devienne un impensé des politiques publiques du prochain quinquennat.





