
L'électrique est en croissance sur le canal des professionnels.
© Alexis Goudeau / L'Automobile & L'Entreprise / ETAI
Le marché automobile professionnel poursuit sa transformation à marche forcée. En septembre, les immatriculations des sociétés hors secteur automobile reculent encore de 8 %, mais l’électrique atteint désormais 43 % du marché des flottes. Sur les voitures particulières, il est même devenu au premier semestre 2026 la première motorisation achetée par les entreprises. Une révolution beaucoup moins avancée dans l’utilitaire, où le diesel représente encore 70 % des acquisitions.
Le B2B ne profite pas de la même dynamique que le marché des particuliers. Alors que les immatriculations françaises de voitures neuves ont progressé de 12 % en septembre et que les ventes aux particuliers ont bondi de 27 %, celles des sociétés hors secteur automobile ont reculé de 8 %, à seulement 18 284 unités, soit 12 % du marché. Peugeot reste en tête de ce canal avec 3 432 immatriculations, devant Renault (2 962) et Volkswagen (1 337).
Les loueurs longue durée affichent en revanche une évolution plus favorable. Avec 19 862 immatriculations, leur activité progresse de 10 % et représente 13 % du marché. À l'opposé, les loueurs courte durée chutent de 34 %, à 6 017 unités.
43 % d'électrique dans les flottes
Mais derrière la faiblesse des volumes B2B se cache une transformation beaucoup plus profonde du mix énergétique. En septembre, les flottes ont immatriculé 16 940 voitures électriques, soit une progression de 76 %. Le BEV représente désormais 43 % de leurs immatriculations. Le premier semestre 2026 avait déjà marqué un tournant historique : pour la première fois, l'électrique est devenu la première motorisation des voitures acquises par les flottes, devant les hybrides HEV et MHEV.
La situation n'a donc plus grand-chose à voir avec celle observée sept ans auparavant. Le diesel, longtemps incontournable dans les parcs d'entreprise en raison de son TCO et de sa fiscalité, est désormais devenu marginal sur le VP. Cette bascule s'explique notamment par le durcissement de la fiscalité, les obligations de verdissement et la taxe annuelle incitative. Pour les gestionnaires de flotte, le choix d'un véhicule doit désormais intégrer simultanément fiscalité, émissions, coût d'usage, disponibilité et adéquation avec les besoins des collaborateurs.
Les hybrides rechargeables sous pression
Le mouvement pourrait encore s'accentuer avec les évolutions touchant les hybrides rechargeables. En septembre, les PHEV progressent certes de 10 %, avec 10 028 immatriculations tous canaux confondus, mais leur environnement fiscal devient moins favorable. AAA Data souligne notamment l'effet du malus CO2 applicable dès 108 g/km et de la réévaluation des émissions lors de l'homologation WLTP, particulièrement pénalisante pour cette motorisation en entreprise. Le choix entre thermique, hybride rechargeable et électrique devient donc de moins en moins neutre pour une entreprise.
Le C-SUV devient la voiture des flottes
L'électrification s'accompagne également d'une transformation des silhouettes privilégiées par les entreprises. Le segment B dominait encore les achats des flottes en 2021 avec 62 878 voitures. Dès 2022, le C-SUV lui a ravi la première place. Il atteint 60 511 immatriculations au premier semestre 2026. La progression du D-SUV est encore plus spectaculaire. Ses volumes atteignent 33 078 unités au premier semestre, contre 18 689 cinq ans auparavant, soit une hausse de 77 %. Tesla Model Y, Peugeot 5008 ou Volkswagen ID.4 participent notamment à cette montée en gamme des parcs. Dans le même temps, les segments B et C ont respectivement perdu 29 % et 28 % en cinq ans. L'électrification du B2B ne se traduit donc pas seulement par un changement d'énergie : elle contribue également à modifier la structure des parcs.
Le VU résiste encore à l'électrique
La situation est radicalement différente pour les véhicules utilitaires. En 2019, le diesel représentait encore 92 % des achats de VU des flottes. Sa part est certes tombée à 70 % au premier semestre 2026, mais il conserve une très large majorité. L'électrique progresse avec l'élargissement de l'offre, notamment pour les usages urbains et le dernier kilomètre. Mais dès que les entreprises ont besoin d'une autonomie importante, de transporter des charges lourdes ou d'effectuer de longues distances, le diesel reste beaucoup plus difficile à remplacer. Les hybrides ne représentent d'ailleurs encore que 8 % des achats de VU, tandis que l'essence atteint 7 %.
Le marché professionnel évolue donc désormais à deux vitesses. Sur le VP, la bascule est largement engagée : l'électrique est devenu la première énergie des flottes et atteint 43 % des immatriculations en septembre. Sur le VU, le diesel demeure incontournable pour de nombreux usages. À l'approche du dernier trimestre, la difficulté pour les entreprises n'est donc plus simplement de savoir s'il faut électrifier leur parc. Elle consiste surtout à déterminer jusqu'où elles peuvent le faire sans dégrader le TCO ni compromettre les usages opérationnels de leurs véhicules.





