
Yanis Jacob, dirigeant et fondateur de Jacob Services
En un peu plus de vingt ans, Yanis Jacob a fait évoluer son entreprise d’une activité de pièces et de rectification moteur vers un distributeur multispécialiste de 36 salariés. Une diversification assumée alors que son dirigeant s’interroge déjà sur ce que sera le marché automobile dans dix ans.
Chez Jacob Services, les acquisitions et les ouvertures semblent souvent naître d’une opportunité. Mais, mises bout à bout, elles dessinent désormais une véritable stratégie. Trois magasins de pièces, un site technique, de la peinture, du poids lourd, de l’équipement d’atelier, des flexibles hydrauliques, du pneumatique et bientôt davantage d’industrie : l'entreprise de Yanis Jacob s'éloigne progressivement du modèle du distributeur automobile traditionnel.
L'histoire commence en octobre 2004 avec la création de Culasse Services à Montceau-les-Mines. Yanis Jacob prend alors en charge le négoce tandis que son associé s'occupe de la partie technique. En mars 2013, les deux hommes ouvrent un second établissement au Creusot, mais sans atelier. Cette fois, le site est entièrement consacré à la pièce.
L'ouverture marque véritablement le début du développement commercial de l'entreprise, mais également celui d'un long contentieux avec Autodistribution autour de la dénomination Autopièces Culasse Services. Cinq années de procédure plus tard, Yanis Jacob doit changer de nom. « Je ne voulais pas repartir dans un procès. Il n'y avait pas 36 solutions : soit je mettais mon prénom, soit mon nom. J'ai mis Jacob Services. C'était basique, mais au moins j'étais tranquille. »
En 2018, il se sépare également de son associé. Ce dernier conserve l'atelier tandis que Yanis Jacob poursuit seul le négoce, avec Le Creusot et un nouveau magasin à Montceau-les-Mines. Paray-le-Monial vient compléter le maillage en 2021, en pleine crise sanitaire. Puis les opérations s'enchaînent : rachat de Monceau Peinture en 2023 et acquisition, en 2025, d'un ancien garage Renault à Perrecy-les-Forges.
7,2 millions d'euros et une croissance à deux chiffres
Jacob Services emploie désormais 36 personnes. Avec 7,2 millions d'euros de chiffre d'affaires, la société est dans le Top 100 des distributeurs avec une progression de plus de 17 % entre 2024 et 2025. Une croissance qui accompagne l'élargissement régulier de son périmètre d'activité.
Le véhicule léger reste de loin son premier métier. Le poids lourd représente environ 10 % de l'activité, la peinture entre 6 et 8 % et l'industrie, encore récente, entre 5 et 6 %. À cela s'ajoute l'équipement d'atelier. « On pourrait presque parler d'une cinquième activité », reconnaît Yanis Jacob.
Le distributeur concentre volontairement son activité sur la Saône-et-Loire, principalement à l'ouest de l'axe Mâcon-Chalon-sur-Saône. Il déborde ponctuellement vers le sud de la Côte-d'Or et le nord de l'Allier, mais Yanis Jacob ne veut pas courir après les kilomètres. « Pour moi, pour être performant, il faut être à proximité de nos clients. Plus on s'écarte, moins on est performant. On ne va pas livrer un filtre à huile à 50 ou 60 km alors qu'il y a des gens sur place qui le font très bien. » Selon le dirigeant, un magasin doit rayonner sur environ 30 à 50 km. Pour aller plus loin, il faudrait ouvrir ou reprendre un autre établissement. Cette densité géographique permet à Jacob Services de maintenir au minimum deux tournées quotidiennes, parfois trois et jusqu'à quatre en express. « Proximité et service, ce sont vraiment nos deux fers de lance », insiste le dirigeant.
Cette promesse a son prix. L'entreprise immobilise entre 1,2 et 1,4 million d'euros de marchandises, réparties entre ses différents sites. Chaque magasin dispose ainsi de son propre stock, tandis que Perrecy-les-Forges conserve essentiellement les références nécessaires à l'activité industrielle et hydraulique.
La disponibilité immédiate reste, selon Yanis Jacob, l'une des meilleures réponses à la concurrence numérique. Autodoc a notamment déployé pendant un temps plusieurs commerciaux dans le département pour conquérir des comptes professionnels. Avant lui, Oscaro et Mister-Auto avaient déjà bousculé les repères tarifaires. « Quand on amène le service et la proximité, le tarif est forcément un peu plus élevé. Mais la pièce, on l'a. S'il y a un problème, on est là. Et quand il y a un retour, on essaie de trouver une solution. »
Cette réactivité séduit également les centres autos et réparateurs rapides, qui sollicitent le distributeur pour du dépannage immédiat, notamment en freinage ou liaison au sol. Environ 70 % du chiffre d'affaires de Jacob Services est réalisé auprès des professionnels.
Un modèle d'approvisionnement à deux étages
Adhérent Precisium depuis 2021 après avoir appartenu à Gef'Auto, Jacob Services réalise environ 70 % de ses achats via les référencements de son groupement. Mais sa situation géographique impose un deuxième étage logistique. L'absence, selon Yanis Jacob, d'une plateforme AAG suffisamment proche pour assurer du H+4 conduit l'entreprise à continuer de travailler avec Dasir, dans la région lyonnaise, partenaire historique de Jacob Services depuis 2004.
Le distributeur adapte également son offre au positionnement recherché par ses clients. Il privilégie les marques premium mais conserve une seconde ligne tarifaire. Sur cette dernière, Yanis Jacob cite notamment MGA. Le dirigeant considère que la disponibilité, le prix et la simplicité d'approvisionnement restent déterminants pour qu'une gamme trouve sa place au comptoir. Le sujet est loin d'être secondaire dans un territoire très disputé. Le dirigeant cite notamment la concurrence des distributeurs AD et de Distrigo.
L'industrie, le nouveau pari
La diversification la plus importante se joue toutefois à Perrecy-les-Forges. Lorsque Yanis Jacob rachète en 2025 un ancien garage Renault, son idée initiale est d'en faire une base arrière : réceptionner des volumes importants, puis redistribuer les marchandises vers ses différents magasins. Le projet change rapidement de dimension. Deux techniciens spécialisés dans l'industrie y sont installés et Jacob Services investit dans des machines permettant notamment de fabriquer des flexibles hydrauliques à la demande. « On est reparti d'une feuille blanche. Avant, on vendait un peu à l'industrie, mais c'était du one shot. On n'avait pas vraiment de référencement. » La société fabrique désormais des flexibles pouvant travailler, selon Yanis Jacob, sous des pressions atteignant plusieurs milliers de bars. Elle fournit même en première monte les flexibles d'un fabricant local de navettes autonomes destinées au Japon. L'activité reste petite mais progresse rapidement. Partie pratiquement de zéro, elle a généré environ 400 000 euros sur sa première année. L'objectif fixé pour l'exercice suivant atteint 800 000 euros. « Le plus dur dans l'industrie, c'est de se faire référencer. On ne rentre pas comme ça chez un industriel. Cela peut prendre un an, voire plus. »
Cette orientation repose aussi sur la transformation économique du bassin. Le Creusot bénéficie d'une forte activité industrielle, tandis que Montceau-les-Mines voit se développer un écosystème ferroviaire. Jacob Services entend profiter de cette dynamique en transposant à ces marchés son modèle automobile : technicité, stock et service rapide. Et cette diversification répond à une interrogation plus profonde. « Je ne vois pas trop où va aller l'automobile. Le marché s'électrifie, donc il y a sûrement un créneau à prendre sur l'industrie. »
Le même raisonnement explique l'élargissement progressif des autres métiers. Depuis le rachat de Monceau Peinture en 2023, Jacob Services dispose d'un laboratoire au Creusot. Les préparations y sont réalisées avant d'être expédiées vers les autres implantations et les clients du secteur. Le distributeur travaille notamment avec Lechler et Octoral, marque de Sherwin-Williams. Le positionnement de Lechler permet également de créer des passerelles avec la clientèle industrielle.
Le poids lourd pèse pour sa part environ 10 % du chiffre d'affaires, avec une offre développée sous l'environnement MP Truck. Les professionnels du TP font également partie de la clientèle. Dernier marché abordé : le pneumatique. Jacob Services n'en commercialisait pratiquement pas jusqu'à récemment. L'électrification du parc a convaincu Yanis Jacob d'ajouter cette corde à son arc. « Véhicule électrique dit gros mangeur de pneus. Avant, nous n'en faisions pas du tout. Nous avons donc fait le choix de faire du pneu. » L'entreprise s'appuie pour cela sur IHLE, fournisseur référencé par AAG.
La pièce de carrosserie complète l'offre, mais selon un modèle différent : la marchandise est expédiée directement au réparateur par le fournisseur, Jacob Services percevant une rétrocession. Une organisation qui évite au distributeur de manipuler des capots ou des ailes, particulièrement exposés aux avaries de transport.
Du produit au service technique
Le distributeur cherche parallèlement à faire évoluer la relation avec les ateliers au-delà de la seule fourniture de pièces. Jacob Services organise régulièrement des soirées ou journées techniques avec ses fournisseurs d'outillage et met ses locaux à disposition pour des formations.
Pour le distributeur, le décalage entre l'évolution technique des véhicules et les habitudes de certains ateliers devient préoccupant. « Ils sont persuadés de tout savoir, et c'est un problème. Un embrayage, cela fait peut-être vingt ans qu'ils en changent, mais celui d'il y a vingt ans n'est pas le même qu'aujourd'hui. Pour avancer, il faut se remettre en question. »
Pour faire connaître cette palette de métiers, Jacob Services mise aussi sur un outil peu commun pour une entreprise de cette taille : son propre salon professionnel. Organisé tous les deux ans sur le circuit Vaison Piste, il rassemble selon Yanis Jacob environ 2 500 participants sur un jour et demi et une soixantaine d'équipementiers. La prochaine édition est programmée les 24 et 25 juin 2027. « On sait ce qu'on vend, on sait ce dont on est capable. Mais il faut le faire savoir. Un client peut nous connaître uniquement pour la peinture ou pour les flexibles et découvrir sur le salon que nous pouvons aussi lui vendre de l'équipement d'atelier. »





