Jaguar Land Rover, la chute de l’icône britannique de la voiture de luxe et du tout-terrain

Jaguar Land Rover, la chute de l’icône britannique de la voiture de luxe et du tout-terrain

La marque JLR est méconnaissable depuis quelques années.

© Land Rover

JLR va supprimer 10% de ses effectifs. En perte, la firme propriété de l’Indien Tata affronte une crise structurelle mais également existentielle. Alors qu’elle affichait des marges  record dans la première moitié des années 2010 !

Chute d’une icône ! Le constructeur automobile britannique de voitures de luxe Jaguar Land Rover (JLR) annonce ce lundi la suppression de 4 000 postes d'ici à deux ans. Soit 10% des effectifs. Et ce, après un exercice 2025-2026 particulièrement difficile, avec 285 millions d’euros de perte nette et une marge nette dérisoire de 0,7% ! Parmi les plus fables du monde automobile. Droits de douane de Donald Trump outre-Atlantique, concurrence en Chine, rejets énormes de CO2 des véhicules de la gamme, s’ajoutent à une crise existentielle depuis le Covid.

Les difficultés ont été aggravées, fin août 2025, par une cyberattaque de grande ampleur qui a contraint JLR à arrêter sa production pendant plus d'un mois, mettant aussi la pression sur nombre de ses fournisseurs. Le groupe chiffre le coût direct de l'attaque à 300 millions d’euros.

Abaisser le point mort

Dans ce contexte, la firme détenue par l’Indien Tata, affirme viser deux milliards d’euros d'économies, avec l'objectif d'abaisser son seuil de rentabilité à environ 300 000 véhicules, contre 380 000 actuellement. Les ventes se sont montées à… 352 400 unités seulement sur le dernier exercice !

Quel effondrement ! Il y a dix ans encore, les experts et analystes en tous genres s’extasiaient pourtant devant les performances exceptionnelles de JLR. Propriété de l’indien Tata depuis 2008,  le constructeur so British avait ainsi affiché sur l'année fiscale 2013 -2014 (1er avril 2013 au 31 mars 2014) une marge opérationnelle de… 17,5%, un quasi-record dans l’industrie auto mondiale.

Avec 462 600 ventes (en 2014). Deux ans plus tard, il affichait encore 15%, presque comme Porsche, et 583 000 ventes ! Mais las, c’est en 2018-2019 que la firme  qui est passée entre plusieurs mains dans son histoire (British Leyland, BLMC, BMW pour le label Land Rover, Ford puis Tata) commence à décliner.

Plongeon en 2019

En février 2019, elle enregistre à la surprise générale une impressionnante dépréciation d'actifs de 3,5 milliards d’euros. En juin de la même année, JLR affiche une perte record avant impôts de 4 milliards d’euros ! Le constructeur de voitures haut de gamme et de 4x4 de luxe était touché notamment par l'adaptation aux changements réglementaires et technologiques (normes d’anti-pollution) et une désaffection pour le diesel, qu’il utilisait abondamment sur ses gros 4x4 pour abaisser les consommations. Il devait se mettre d’urgence à l’électrification pour essayer de rebondir. Le spécialiste des grandes voitures et tout-terrains pâtissait d'une des pires moyennes d'émissions de gaz à effets de serre de ses véhicules en Europe. C’est d’ailleurs toujours le cas.

JLR annonçait la future mise en production de modèles électriques au Royaume-Uni, moyennant un très haut niveau d’investissements (4,2 milliards d’euros). Un virage extrêmement onéreux et… très peu probant avec la Jaguar I-Pace – un échec cuisant. Après une très forte hausse des effectifs, JLR annonçait du coup en 2019 un première salve de suppressions d’emplois la suppression de 4 500 emplois, soit également à l’époque 10% des effectifs.

Mort de Ratan Tata

Las, frappé par la pandémie de Covid, JLR ne se relèvera plus vraiment ! Avec des changements de PDG, des volte-face stratégiques caricaturales pour la célèbre marque Jaguar qui aboutiront à l’arrêt de production, et la mort en 2024 de Ratan Tata, l’emblématique patron de Tata qui suivait avec passion l’évolution de ses marques anglaises, auxquelles il était personnellement attaché puisqu’il les avait achetées !

Et maintenant ? Le gouvernement britannique qui était venu au secours de JLR après la cyberattaque de 2025, via une garantie de prêt lui permettant de débloquer jusqu'à 1,7 milliard d'euros, ne veut plus intervenir. Le ministre des Entreprises, Jonathan Reynolds, doit d’ailleurs rencontrer la direction de JLR mardi. Mais il a déjà exclu ce week-end toute aide financière publique après la parution de premières informations sur… ces suppressions d'emplois.

Un Jaecoo 5 moitié prix

Le constructeur a certes lancé la semaine passée une version électrique du Range Rover, son emblématique 4x4 de luxe, dont il espère fabriquer entre 12 000 et 15 000 unités dans les six mois à venir, majoritairement à destination des Etats-Unis, selon son directeur des opérations Nigel Blenkinsop. Mais, sera-ce suffisant ? JLR a certes annoncé qu’il allait investir « 15 à 18 milliards de livres sterling (18 à 21 milliards d’euros)  sur les cinq prochaines années », pour l'électrification et les technologies numériques.

Mais où ira-t-il chercher de telles sommes ? Malmené par une qualité-fiabilité de ses véhicules toujours médiocre, JLR affronte désormais la concurrence des Chinois qui copient sans retenue les modèles Range Rover. Un Jaecoo 5 à la ligne calquée sur celle du Range Evoque est proposé à partir de 26 990 euros. Contre… 57 300 au bas mot pour l’original !

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