
Ford veut barrer la route aux constructeurs chinois aux Etats-Unis.
© Greg Harding Photography / Ford
Le directeur général de Ford, Jim Farley, appelle les États-Unis à la plus grande prudence face à une éventuelle ouverture du marché aux constructeurs chinois. Pour appuyer son propos, il cite l’Europe en contre-exemple et estime qu’il est désormais « trop tard » pour y enrayer leur progression. Une position d’autant plus intéressante que Ford multiplie lui-même les partenariats avec des groupes chinois, notamment CATL et Geely.
Jim Farley ne veut pas que les États-Unis suivent le même chemin que l’Europe. À l’occasion d’une conférence organisée par Automotive News le 29 septembre, le directeur général de Ford a appelé Washington à être « extrêmement prudent » sur les conditions d’une éventuelle entrée des constructeurs chinois sur le marché américain. Pour le patron du constructeur américain, l’Europe constitue désormais un avertissement. Interrogé sur la progression rapide des groupes chinois sur le Vieux Continent, il a estimé qu’il était désormais « trop tard » pour revenir en arrière. Farley fait référence à la hausse rapide des parts de marché de BYD, Chery, MG, XPeng, Leapmotor et des autres marques chinoises en Europe, mais aussi à leur montée en puissance industrielle et technologique.
Les États-Unis encore largement fermés aux voitures chinoises
La situation américaine reste très différente. Les voitures chinoises sont pratiquement absentes du marché en raison de droits de douane supérieurs à 100 % et de restrictions visant notamment les logiciels embarqués d’origine chinoise. Les constructeurs, distributeurs et équipementiers américains poussent désormais pour rendre ces barrières durables. Plusieurs propositions législatives cherchent même à empêcher l’accès au marché de groupes présentant un niveau significatif d’actionnariat chinois. Cette fermeté s’explique par la vitesse de progression de l’industrie automobile chinoise. Selon les données citées par Reuters, la Chine devrait exporter environ 12 millions de véhicules en 2026, contre environ 3 millions en 2022.
Ford travaille pourtant avec CATL et Geely
La position de Jim Farley n’est toutefois pas synonyme de rupture avec l’industrie chinoise. Le dirigeant assume même une stratégie à deux niveaux. « Nous allons également être directement en concurrence avec eux », a-t-il expliqué, tout en soulignant que coopération et concurrence n’étaient pas incompatibles. Ford travaille ainsi avec CATL pour produire des batteries moins coûteuses dans le Michigan. Le constructeur a également annoncé cet été un accord avec Geely afin de développer conjointement des véhicules électriques destinés notamment au marché européen. Ces coopérations suscitent cependant des critiques politiques aux États-Unis. Le secrétaire américain aux Transports, Sean Duffy, a récemment reproché à Ford de lier trop fortement son avenir à des entreprises chinoises soutenues par Pékin.
L’Europe comme contre-exemple
Les déclarations de Farley illustrent ainsi le dilemme actuel des constructeurs occidentaux. Les groupes chinois sont devenus à la fois des concurrents redoutables et des partenaires technologiques difficiles à contourner, notamment dans la batterie et le véhicule électrique. Pour Ford, l’objectif est clair : profiter de certaines technologies chinoises lorsque cela permet de réduire les coûts ou d’accélérer les développements, tout en empêchant les marques chinoises de s’installer trop facilement sur son marché domestique.





