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Pièces de carrosserie : APS veut mettre fin au casse-tête des multiples plateformes d’achat

Fabio CROCCO
Pièces de carrosserie : APS veut mettre fin au casse-tête des multiples plateformes d’achat

Rémi Casals et Loïc Audiger

Face à la multiplication des fournisseurs, plateformes et circuits d’approvisionnement, Auto Part Select veut offrir aux carrossiers un point d’entrée unique pour rechercher leurs pièces. L’outil agrège les offres des fournisseurs habituels du réparateur.

Une pièce chez le concessionnaire, une autre chez un distributeur indépendant, une troisième en réemploi et plusieurs portails à consulter avant de savoir qui possède réellement la référence en stock. Pour les carrosseries, l’approvisionnement en pièces est devenu une tâche de plus en plus chronophage. C’est précisément sur cette fragmentation qu’Auto Part Select entend agir. L’histoire commence dans l’atelier de Rémi Casals. Il travaille treize ans dans la même entreprise avant de créer sa propre carrosserie près de Narbonne. En cherchant progressivement à déléguer davantage sa gestion, il confie notamment les commandes de pièces à un collaborateur. Le résultat apparaît rapidement dans ses indicateurs : la marge pièces recule fortement. « Quand c’était moi qui commandais, nous étions très bons dans les marges. Quand j’ai délégué, j’ai perdu dix points », raconte-t-il. Le problème ne venait pas tant de son salarié que de la difficulté à lui transmettre des années de connaissance des fournisseurs, des conditions commerciales et des différents portails à consulter. Le professionnel imagine alors un outil capable d’effectuer cette recherche à sa place sans modifier ses habitudes d’achat. « Je ne voulais pas changer de fournisseurs. J’avais mes affinités, mes conditions et des entreprises qui m’avaient accompagné toute ma vie. » Le projet prend forme avec Loïc Audiger, ingénieur informatique ayant notamment travaillé sur des DMS destinés aux carrosseries. La complémentarité est assez nette : l’un connaît le fonctionnement quotidien d’un atelier, l’autre le développement logiciel. APS est d’abord conçu pour la carrosserie de Rémi Casals avant d'être testé par quelques confrères de la région confrontés au même problème. Le projet est développé depuis environ trois ans et la société est créée en 2024. L’outil se diffuse ensuite principalement par bouche-à-oreille. APS revendique à ce jour autour d’une centaine de carrosseries utilisatrices et vise 150 sites à la fin de 2026, notamment avec le déploiement engagé auprès du groupement de carrossiers Carflex.

Prix, mais surtout disponibilité

Le principe reste celui imaginé au départ : réunir dans une seule interface les offres que le carrossier pourrait lui-même retrouver en ouvrant successivement les sites de ses fournisseurs. APS revendique aujourd’hui une trentaine de fournisseurs connectés, couvrant la pièce d’origine, la pièce de qualité équivalente et la pièce de réemploi. L’entreprise préfère parler d’« assistant d’achat » plutôt que de comparateur. La nuance est importante. APS ne commercialise aucune pièce et ne se substitue pas aux distributeurs. Chaque réparateur retrouve uniquement les fournisseurs auprès desquels il dispose déjà d’un compte. Ses identifiants et ses conditions commerciales lui restent propres. Un fournisseur avec lequel il ne travaille pas n’apparaît donc pas automatiquement parce qu’il proposerait un meilleur prix. « La seule habitude que nous changeons, c’est qu’au lieu d’ouvrir dix pages Internet, tout se retrouve au même endroit », résume Rémi Casals. Commande, facturation et relation commerciale continuent de s’effectuer selon les modalités habituelles. Cette centralisation ne vise d’ailleurs pas uniquement à rechercher le prix le plus bas. La disponibilité est devenue au moins aussi importante. Une pièce indisponible chez un fournisseur peut être immédiatement accessible chez un autre, avec un effet direct sur le temps d’immobilisation du véhicule. Pour APS, deux profils de réparateurs sont concernés. Le premier consulte déjà méthodiquement ses différentes sources et consacre beaucoup de temps à chaque dossier. Le gain attendu porte alors principalement sur la productivité administrative. Le second privilégie un ou deux fournisseurs faute de temps pour multiplier les recherches. Il risque davantage de passer à côté d’une meilleure condition d’achat ou d’une pièce disponible ailleurs. L’outil travaille exclusivement à partir de références de pièces. Il ne possède pas son propre moteur d’identification permettant de sélectionner un véhicule puis d'en déterminer les références. Celles-ci proviennent du chiffrage ou des autres outils déjà utilisés par le carrossier. À défaut d’interface directe, un chiffrage peut être importé sous forme de document. Une liseuse utilisant l’intelligence artificielle analyse alors son contenu, extrait les références et lance les recherches. Le principe peut fonctionner avec différents documents dès lors qu’ils comportent ces références.

Un partenariat avec DAT

Un partenariat a également été conclu avec l’éditeur DAT. Depuis un chiffrage réalisé dans son environnement, les références peuvent être envoyées vers APS afin de consulter les différentes solutions d’approvisionnement avant de revenir dans le dossier DAT.  La donnée affichée est, selon APS, interrogée à chaque nouvelle recherche. « Chaque recherche va chercher le stock frais, la donnée exacte à l’instant T », explique Loïc Audiger. L’intégration technique d’un nouveau fournisseur peut être rapide lorsque celui-ci dispose des interfaces nécessaires, jusqu’à une demi-journée selon le développeur. La pièce de réemploi constitue un autre volet important. En lançant simultanément la recherche sur toutes les références d’un dossier, APS peut faire apparaître une PRE y compris sur une pièce que le réceptionnaire n’aurait pas spontanément pensé à rechercher en occasion. L’outil ne se limite pas non plus au prix affiché. Les différentes conditions commerciales peuvent être prises en compte : remises, RFA ou encore frais de port. L’objectif est de calculer la marge réelle sur le panier plutôt que de comparer uniquement deux prix d’achat. Rémi Casals y voit également un moyen de mieux arbitrer entre marge du réparateur et coût du sinistre. Le recours à une PRE peut réduire la facture globale tout en laissant davantage de latitude au carrossier sur sa marge. Il s’agit néanmoins de simulations propres à chaque entreprise, dépendantes de ses conditions d’achat et des accords conclus avec ses donneurs d’ordres.

Ne pas ajouter une plateforme de plus

La carrosserie voit se multiplier les plateformes d’achat liées aux assureurs, apporteurs d’affaires, réseaux et fournisseurs. Or un même atelier travaille généralement avec plusieurs donneurs d’ordres et doit composer avec leurs règles respectives. APS ambitionne de se placer au-dessus de cette fragmentation. APS affirme ne toucher aucune commission sur les pièces : l’ordre d’affichage des fournisseurs ne dépend donc pas d’une rémunération versée à la plateforme. Elle entend ainsi se différencier des plateformes qui commercialisent elles-mêmes les pièces ou s’appuient sur des accords d’approvisionnement déterminés. Cela ne signifie pas pour autant ignorer les engagements des carrossiers. Lorsqu’un réseau impose ou privilégie un fournisseur, APS indique pouvoir intégrer cette priorité dans son paramétrage. « Si on installe un client d’un réseau, on respecte les accords qu’il a dans son réseau », explique Rémi Casals. Le sujet avait initialement suscité des réticences chez certains distributeurs, qui pouvaient voir dans le logiciel un outil destiné à mettre systématiquement leurs prix en concurrence. Les dirigeants affirment que ces craintes se sont progressivement atténuées, notamment parce qu’un fournisseur auparavant peu consulté par manque de temps peut aussi gagner en visibilité. APS a déjà conclu des accords avec RM Premium Partners et Carflex et échange avec d’autres enseignes. La société insiste toutefois sur le caractère facultatif de l’équipement au niveau des adhérents.

Un abonnement vite rentabilisé

Le modèle économique repose exclusivement sur le logiciel. APS facture 150 euros HT par mois, avec un engagement initial de douze mois, auxquels s’ajoutent 850 euros HT de mise en service couvrant notamment le paramétrage, l’installation et la formation. Des conditions différentes peuvent être négociées avec certains réseaux. La société assure ne percevoir aucune commission sur les transactions ni sur les économies obtenues par ses clients. Elle avance qu'une amélioration de quelques points de marge sur les achats peut représenter plusieurs milliers d’euros par an. Pour une carrosserie réalisant 1,5 million d’euros de chiffre d’affaires, ses dirigeants évoquent au minimum 15 000 euros annuels supplémentaires dans certaines configurations. Ces estimations restent celles de l’éditeur et varient évidemment fortement selon le volume de pièces, les pratiques d’achat initiales et les conditions commerciales de l’entreprise. Rémi Casals le sait : les ateliers cumulent déjà de nombreux abonnements, entre DMS, outils de chiffrage et plateformes assureurs. C'est pourquoi APS a été conçu pour que le gain de marge et de temps couvre son coût. La question ne concerne pas seulement les grandes carrosseries. Dans les petites structures, où une même personne cumule réception, administration et commande des pièces, quelques dizaines de minutes économisées quotidiennement peuvent également avoir un intérêt.

Le vitrage dans le viseur

APS revendique actuellement 3 500 à 4 000 recherches mensuelles portant sur environ 3 000 véhicules, le nombre de pièces interrogées étant naturellement beaucoup plus élevé. La société fonctionne avec une équipe d’environ neuf personnes. Ses dirigeants affirment avoir volontairement conservé une organisation légère et indiquent que l’activité est déjà rentable. Pour l’heure, APS ne prévoit pas d’étendre son système aux consommables ou à la peinture dont les achats sont davantage prévisibles. Le vitrage pourrait en revanche constituer la prochaine extension du modèle. Les dirigeants confirment travailler sur le sujet, tandis que d’autres fonctions pourraient encore naître des difficultés rencontrées directement dans l’atelier du fondateur. Deux ans après la création, APS, dont les fondateurs s’attendent à voir apparaître d’autres solutions concurrentes, se positionne comme une alternative indépendante face aux grands éditeurs et plateformes de la réparation-collision, avec une conviction : les meilleures solutions pour l'atelier naissent dans l'atelier.

Une marketplace pour les pièces qui dorment sur les étagères

APS a progressivement ajouté d’autres fonctions issues, elles aussi, de situations rencontrées dans l’atelier de son fondateur. Une marketplace permet ainsi aux utilisateurs de mettre en vente leurs stocks dormants. L’idée vient d’un constat banal : les pièces commandées puis finalement non montées peuvent rester plusieurs années sur une étagère avant d'être jetées. Les utilisateurs peuvent désormais les photographier, les référencer et les proposer directement aux autres carrosseries équipées. Au-delà de l’aspect économique, le dispositif permet donc de remettre en circulation des pièces neuves qui auraient pu finir au rebut. Autre fonction : la surveillance d’une pièce indisponible. Le carrossier renseigne une référence difficile à trouver et le système poursuit les recherches. L’objectif est d’éviter au réceptionnaire de retourner régulièrement sur plusieurs portails pour vérifier si la situation a évolué. APS propose également une recherche élargie sur Internet. Lorsqu’aucune offre satisfaisante n'est disponible auprès des fournisseurs habituels, le système peut chercher la référence sur des sites marchands et marketplaces, éventuellement à l’étranger. Les dirigeants présentent cette fonction comme un plan B, et non comme un nouveau circuit d’approvisionnement à privilégier. Elle vise essentiellement les références difficiles à obtenir, en automatisant une recherche Google que le professionnel aurait autrement réalisée manuellement.

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