Pneumatiques : un marché toujours atone, tandis que le 4 saisons poursuit sa percée

Fabio CROCCO
Pneumatiques : un marché toujours atone, tandis que le 4 saisons poursuit sa percée

Le marché français du pneumatique a cessé de reculer au premier semestre 2026, mais sans retrouver de véritable dynamique. Les achats différés en 2025 n’ont pas donné lieu au rattrapage attendu. Dans ce contexte, le 4 saisons continue de gagner rapidement du terrain, tandis que les automobilistes restent très attentifs aux prix.

Le marché du pneumatique se stabilise, mais à un niveau qui reste bas. Au premier semestre 2026, les fabricants ont livré 14,6 millions de pneus tourisme, camionnette et 4x4/SUV en France, soit un recul limité à 0,2 %. Du côté des ventes aux automobilistes mesurées dans les centres auto, chez les pneumaticiens et auprès des pure players, 9,99 millions d’unités ont été écoulées, en baisse de 0,9 %.

Après le décrochage enregistré en 2025, le marché ne rebondit donc pas. Surtout, les achats différés par les automobilistes sous l’effet des hausses de prix n’ont pas été récupérés. Sur le seul segment tourisme, qui représente 85 % des volumes mesurés en sell-out, les ventes se contentent d’un recul de 0,3 %. Le constat dressé par le Syndicat du Pneu est ainsi celui d’une stabilisation plutôt que d’une reprise. Le chiffre d’affaires suit la même trajectoire, avec un recul de 0,3 %, tandis que le prix moyen atteint 112 euros, en hausse de seulement 0,5 %.

Cette absence de rattrapage nourrit les inquiétudes pour les prochains mois. Le Syndicat du Pneu redoute notamment les conséquences du coût des carburants sur le budget automobile. Celui-ci pourrait continuer à inciter certains ménages à limiter leurs déplacements ou à rechercher des alternatives à la voiture, avec à la clé une diminution du kilométrage et, mécaniquement, du besoin de remplacement des pneumatiques.

Le 4 saisons se rapproche de l’été

Dans ce marché sans croissance, une transformation apparaît en revanche très nette : la progression du pneu 4 saisons. Ses ventes tourisme augmentent encore de 15,7 % au premier semestre et représentent désormais 46 % du marché, contre 49 % pour le pneu été, dont les volumes chutent de 12 %. Le pneu hiver ne pèse plus que 5 % des ventes. Sur le 4x4/SUV, le 4 saisons progresse également de 5,1 % et atteint 43 % des volumes.

Le mouvement est désormais installé dans la durée. En trois ans, les volumes de pneus 4 saisons tourisme ont progressé de 50 %, quand ceux des pneus été ont reculé de 24 %. Le 4 saisons avait même déjà dépassé "l’été" au second semestre 2025, avec 4,57 millions d'unités contre 3,96 millions. Le Syndicat du Pneu estime qu’il pourrait devenir majoritaire sur l’ensemble de l’année 2026.

Le marché se polarise davantage

La stabilité globale masque aussi des déplacements entre gammes. Sur le tourisme, le premium conserve 47 % des volumes et progresse légèrement de 1,1 %. Les marques intermédiaires, dites « marques B », reculent en revanche de 6,7 %. Le budget représente toujours 26 % des ventes mais baisse de 0,3 %. Ce sont finalement les « tradebrands », marques de distributeurs fabriquées en Europe, qui enregistrent la progression la plus forte, à +7,5 %.

Le prix reste déterminant dans ces arbitrages. L’écart entre un pneu tourisme premium et budget atteint désormais 69 euros : les prix moyens s'établissent respectivement à 133,80 et 64,60 euros au premier semestre. Entre les deux, une marque B ressort à 101 euros et une tradebrand à 89,20 euros.

Cette segmentation du marché pourrait évoluer avec l'entrée en vigueur des droits antidumping définitifs visant certains pneumatiques chinois. Les données du premier semestre ne montrent pas d’anticipation particulière de ces mesures. Le règlement européen définitif ayant été adopté en juillet, leurs effets devraient surtout apparaître au cours du second semestre.

Pour le Syndicat du Pneu, le sujet dépasse toutefois la seule redistribution des parts de marché entre fabricants. La hausse du prix d'entrée pourrait priver une partie des automobilistes des pneumatiques neufs les moins chers et les conduire à chercher d'autres solutions. L'organisation redoute notamment un report vers le pneu d'occasion, dont l'historique, les conditions d'utilisation ou de stockage ne sont pas toujours connus.

La progression récente des tradebrands pourrait constituer une autre réponse. Les premiers mouvements sont déjà perceptibles : alors que les pneus budget stagnent, les tradebrands tourisme progressent de 7,5 %. Dans les centres auto, leur croissance atteint même 11,4 %.

Le garage conserve une place centrale

Malgré la progression du commerce électronique, l'achat de pneumatiques reste très largement associé à l'atelier. L'étude GiPA montre que 63 % des conducteurs achètent leurs pneus dans un garage, proportion qui atteint 77 % chez les 65 ans et plus. Le digital représente environ un tiers des achats : 19 % sont réalisés sur les sites marchands des enseignes disposant d’un réseau physique et 17 % auprès des spécialistes de la vente de pneus en ligne.

Les données de marché confirment d'ailleurs que la croissance numérique ne bénéficie plus exclusivement aux pure players. Les ventes en ligne progressent de 1,9 %, alors que ces derniers reculent de 1,8 % : ce sont donc notamment les sites internet des réseaux physiques qui gagnent du terrain. Les centres auto constituent parallèlement le seul canal physique en croissance.

Le poids lourd suit une trajectoire différente

Le marché du pneu poids lourd présente, lui, un paradoxe. Les livraisons de pneus neufs par les fabricants progressent de 7,6 %, à 515 600 unités, mais restent encore 20 % sous leur niveau du premier semestre 2022. Dans le même temps, les ventes aux utilisateurs reculent de 7,4 %, à 710 900 pneus, avec une baisse de 6,2 % pour le neuf et de 10,8 % pour le rechapé.

La remontée du sell-in ne traduit donc pas nécessairement une amélioration de la demande. Selon l'analyse présentée par le Syndicat, elle pourrait notamment signaler un regain de terrain des fabricants européens face aux importations, voire des opérations de stockage en anticipation d'une remontée des coûts. Les prix poursuivent en revanche leur normalisation : 587,50 euros HT pour un pneu neuf (-1,4 %) et 484,50 euros pour un rechapé (-1,9 %).

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