Renault Niagara : Ce pick-up dérivé du Dacia Bigster ne viendra pas en France, où il serait écrasé par la… fiscalité

Renault Niagara : Ce pick-up dérivé du Dacia Bigster ne viendra pas en France, où il serait écrasé par la… fiscalité

Le nouveau pick-up Niagara de Renault.

© renault

Ce pick-up inédit de près de 5 mètres de long et produit en Argentine sera livrable au début de 2027 en Amérique latine. Moderne et pratique, il devrait démarrer sous les 25 000 euros. Une version hybride est prévue. Le Niagara doit concurrencer les Fiat Toro, Ram Rampage, Volkswagen Tukan. Renault est encore faible en Amérique sud avec une part de marché en baisse à 4,5% à peine au Brésil (sur huit mois).

Un drôle de nom. Alors que les chutes d’Iguazu entre l’Argentine et le Brésil  sont mondialement célèbres, Renault baptise son pick-up destiné à l’Amérique latine du nom de… Niagara, des chutes situées, elles, entre les Etats-Unis et le Canada ! Erreur de géographie ? Non, juste un choix marketing paradoxal. Après les Oroch et Alaskan, Renault réattaque avec ce véhicule spécifique un segment de marché stratégique… en Amérique du sud. Le modèle n’est pas prévu pour être vendu en Europe. Il serait notamment écrasé par la fiscalité en France.

« Les pick-ups représentent 25% du marché en Amérique latine, soit plus d’un million d’unités annuelles », souligne Fabrice Cambolive, directeur de la marque et de la croissance du groupe. Un segment clé, puisque les deux véhicules les plus vendus au Brésil et en Argentine, tous modèles confondus, sont des… pick-ups (Fiat Strada et Toyota Hilux respectivement). « C’est à la fois un outil de travail et un véhicule pour la famille », indique Jan Ptacek. Le directeur des utilitaires chez Renault ajoute : « 75% des clients sont multi-usages ».

Composants communs avec Boreal

Le Niagara ? Un modèle-clé dont Renault affirme qu’il a été entièrement développé au Brésil et en Argentine, à quatre portes et plateau de presque 5 mètres de long (4,94 en 4x4), reposant sur un empattement (distance entre les deux essieux) généreux de presque 3 mètres (2,96), capable d’emporter 650 kilos de charge et de tracter une remorque de 710 kilos. Une garde au sol conséquente (23 centimètres) lui permet d’affronter les routes et chemins latino-américains. Ce baroudeur sera équipé d’un moteur 1,3 litre - naguère développé avec Mercedes - de 156 chevaux en 4x2, 160 en 4x4, compatible avec la carburation à alcool au Brésil.

Une version hybride est même prévue dans un deuxième temps. Au choix : boite manuelle ou à double embrayage. Très moderne, le Niagara partage un fort pourcentage de composants avec le SUV Boréal, un Dacia Bigster revu et corrigé pour les marchés hors d’Europe produit au Brésil depuis près d’un an.

Contre le Fiat Toro

Renault affirme viser pile en Amérique du sud le Fiat Toro (à partir de 22 700 euros), mais aussi les Ram Rampage de Stellantis, le tout nouveau Volkswagen Tukan, les Ford Maverick ou Chevrolet Montana. Le Niagara remplacera en fait l’ancien Oroch, dérivé d’un Duster de première génération et lancé au deuxième semestre 2015. Le dernier venu se veut plus haut en gamme avec 25 centimètres supplémentaires en longueur. Les prix ne seront communiqués qu’en novembre, pour des livraisons début 2027.

On peut estimer un tarif de base sensiblement au-dessous des 25 000 euros pour rester compétitif. Le Niagara risque d’être un peu plus cher que son prédécesseur Oroch (à partir de 21 000 euros au Brésil). C’est là le risque. Le modèle le plus vendu au Brésil, le petit Fiat Strada, est disponible en effet à partir de 19 600 euros seulement.

Production en Argentine

Le Niagara sera produit à Santa Isabel (Cordoba, Argentine), contrairement à l’Oroch qui était assemblé à Curitiba (Brésil). Ce vieux site né au milieu des années 1950 produisit longtemps des Jeep et dérivés ainsi que des Rambler américaines. L’usine appartenait à une société américano-argentine, IKA, dans laquelle Renault a pris une participation en 1967. Avant de racheter l’ensemble en 1975.

Le site a notamment produit des R4, R6, R12, R18, R9, R 21, Fuego, Mégane… Aujourd’hui, l’usine ne fabrique plus que le Kangoo, un Renault Express rebaptisé, avec des capacités de 125 000 véhicules annuels. Le gros pick-up Alaskan (une tonne de charge), copie confirme du Nissan Navara, fut produit un temps en Argentine, mais il se révéla un fiasco !

Plus de 30 000 par an

Renault refuse de donner des prévisions de ventes pour le Niagara. « Nous voulons être au moins au niveau de l’ancien Oroch », précise juste Fabrice Cambolive. L’Oroch était vendu au rythme de 25-30 000 par an environ (33 000 la meilleure année). Plus de 250 000 exemplaires en ont été produits en dix ans. Pour le Niagara, Fabrice Cambolive prévoit en tous cas une « rentabilité supérieure » à la moyenne des modèles vendus en Amérique latine.

La firme française annonce 14 nouveaux modèles hors d’Europe d’ici à 2030. But : y réaliser la moitié des ventes  de la marque à cet horizon, contre 35-40% actuellement selon les années. C’est une « énorme opportunité en termes de volumes » , affirme Fabrice Cambolive. Avec l’accent mis sur trois régions : l’Amérique latine, mais aussi l’Inde et la Corée. Le Niagara est partie prenante de l’International Game Plan 2027, dévoilé en octobre 2023 à Rio de Janeiro. « A horizon 2027, nous aurons investi  trois milliards d’euros pour lancer huit nouveaux véhicules », soulignait alors Fabrice Cambolive. Dont 300 millions d’euros pour le nouveau pick-up.

4,5% du marché à peine

Au Brésil, la gamme Renault compte aujourd’hui six modèles, depuis la Kwid à très bas coûts (à partir de 12 000 euros) jusqu’au Koleos (50 000 euros), un SUV développé en Corée sur une base du partenaire chinois Geely. En Amérique latine, Renault reste un acteur relativement faible malgré ses constants efforts. Renault détient 4,5% du marché brésilien seulement (84 500 voitures et utilitaires légers immatriculés sur les huit premiers mois de 2026), selon les statistiques de la Fédération des concessionnaires locaux Fenabrave. Contre 5,2% sur la même période de 2025, 5,6% en 2024.

Le groupe tricolore est le septième acteur au Brésil, loin derrière Fiat (19,5% de part de marché), Volkswagen (16,3%), Chevrolet (GM, 10,5%), un nouveau venu, le Chinois BYD (7,8%), Hyundai (6,7%), Toyota (5,7%). La première Renault n’arrive qu’au douzième rang (classement pas modèles). Il s’agit de la mini-Kwid.

En Argentine, Renault est sixième (25 900 immatriculations sur huit mois), d’après l’Association des concessionnaires Acara. La firme au losange détient 7,3% du marché argentin, contre 10,2% un an auparavant, derrière Toyota (14,7%), Volkswagen (13,4%), Fiat (12,3%), Ford (9,7%), Chevrolet (8,7%). Renaut y devance Peugeot (7,1%) et Citroën (3,9%). Le Brésil est le septième débouché mondial de Renault, l’Argentine le treizième.  Sur l’ensemble de l’Amérique latine (Mexique compris), Renaut détient  3,9% de part de marché (sur huit mois), contre 4,5% un an auparavant. Soit 164 000 ventes (-5,5%).

Une histoire commencée en Argentine

Sa faiblesse en Amérique du sud est d’autant plus paradoxale que le constructeur tricolore assemble des voitures en Argentine depuis soixante-dix ans. La firme française est aussi installée historiquement en Colombie, avec une usine à Medellin qui monta longtemps des R4. Mais ce tropisme argentin et colombien lui a fait longtemps négliger le Brésil, le plus gros marché latino-américain. A part quelques Dauphine et Alpine  assemblées au compte-gouttes dans le pays, Renault a laissé le champ libre au Brésil à Volkswagen, GM, Ford, Fiat, ce dernier arrivé il y a pile un demi-siècle.

C’est en 1998 seulement que le Français a démarré une fabrication à l’usine Ayrton Senna de Curitiba. Mais, malencontreusement, Renault a commencé par y produire des monospaces Renault Scénic... Un flop, tant un véhicule aussi utilitaire aux yeux des Latino-américains était peu adapté au goût local. Le Scénic était également trop onéreux. Du coup, la firme au losange a longtemps végété au Brésil.

Entrée de Geely au capital

Le constructeur ne s’est vraiment installé dans le paysage qu’avec des modèles d’entrée de gamme étroitement dérivés des Dacia, puis au milieu des années 2010 avec la mini-Kwid, initialement conçue pour l’Inde. Mais, toujours incapable de saturer son site de Curitiba, Renault a signé un accord en février 2025 avec le groupe chinois Geely, lui ouvrant grand les portes du Brésil. Faisant office de Cheval de Troie. Fin 2025, Le Chinois prenait carrément 26,4% de Renault do Brasil.

A  la mi-septembre 2026, Geely devrait préciser ses intentions sur les modèles qui y seront fabriqués. L’Argentine n’est pas, toutefois, concernée pour l’instant par les accords entre Renault et Geely au Brésil ! « Ce n’est pas d’actualité », nous a laconiquement répondu Fabrice Cambolive en début de mois, lorsque nous l’interrogions sur ce sujet.

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