Interview

Richard Tougeron (TVS Motor) : « TVS Motor est en pleine transformation et veut devenir un constructeur global »

Richard Tougeron (TVS Motor) : « TVS Motor est en pleine transformation et veut devenir un constructeur global »

Richard Tougeron est directeur de la région MENA (Afrique du Nord, Moyen-Orient, CEI, Asie) pour TVS Motor. Un ensemble qui pèse plus d'un million de véhicules par an pour le constructeur indien.

© TVS Motor

Richard Tougeron a quitté l’automobile et la marque Nissan pour prendre en charge la région MENA (Moyen-Orient, Afrique du Nord, CEI et Asie) au sein du groupe indien TVS Motor. Il hérite ainsi d’un périmètre aussi large que diversifié, qui pèse déjà 1,2 à 1,5 millions de machines par an pour le constructeur. Des pays sur lesquels il devra poursuivre le développement de la marque TVS et installer Norton lorsque le marché local s’y prêtera. 

Auto Infos : Que représente la région MENA pour TVS Motor ?

Richard Tougeron : Pour faire simple, cette région représente actuellement le plus gros volume pour TVS Motor en dehors du marché local qui est l'Inde. Donc, selon les années, nous parlons de 1,2 million à 1,5 million de véhicules, ce qui est conséquent, car cela représente approximativement 30% du volume total du groupe. TVS Motor est souvent présent dans ces pays depuis de nombreuses années. Le premier pilier, c'est la partie Afrique du Nord, dans laquelle on retrouve le Maghreb, l'Egypte, etc. Ensuite, le Moyen-Orient regroupe notamment l’Arabie Saoudite, Oman, l’Iran, l’Irak, la Libye et la Syrie. La troisième partie est en fait l'ex-URSS, qui compte de nombreux pays dont la Russie et l'Ukraine. Enfin, l'Asie regroupe les pays qui entourent l’Inde, comme le Bangladesh, le Népal et le Sri Lanka. Il s’agit donc d’une région très large, qui couvre plusieurs continents et dans laquelle TVS Motor est présent parfois depuis plus de 20 ans. La part de marché de la marque est aux alentours de 20 % dans plusieurs pays. La marque y est donc connue et reconnue. Ma mission consiste donc à voir où nous pouvons progresser sur ces marchés et des pistes existent, notamment en Afrique du Nord et au Moyen-Orient. Parallèlement, nous devons voir où se situent les opportunités de croissance avec la marque Morton, qui reste, pour l'instant, globalement focalisée sur l'Angleterre et l'Europe.

Auto Infos : Où peuvent se situer ces opportunités pour Norton ?

Richard Tougeron : Certains pays viennent rapidement à l’esprit, comme Dubaï par exemple. Cela peut représenter une opportunité pour Norton mais pour l'instant, ce travail n'a pas été fait. Certains marchés acceptent naturellement les marques premium et Norton pourrait s’y développer. Je vais être basé à Dubaï et mon équipe est répartie entre Dubaï et l’Inde, car l’Asie peut être gérée facilement depuis l'Inde. De plus, les usines implantées en Inde travaillent aussi pour les marchés asiatiques.

Auto Infos : La croissance du groupe sur votre périmètre passera-t-elle par la création de nouvelles usines ?

Richard Tougeron : C’est l’une des questions que nous allons nous poser. Cela va faire partie de la réflexion. Devons-nous installer des usines si nous voulons aller chercher de la croissance ? C’est une question ouverte. Nous voyons de plus en plus de nouvelles contraintes apparaître. Ainsi, certains gouvernements demandent d'avoir une production locale. La vraie question est de savoir si nous produisons à l'extérieur en payant des taxes ou si nous décidons de nous implanter localement. Il y aura sans doute des décisions à prendre.

Richard Tougeron Norton 2026

Auto Infos : Comment se passe la distribution des véhicules sur cette zone ?

Richard Tougeron : Sur ces zones-là, actuellement, ce ne sont que des importateurs.

Auto Infos : Est-ce que cela pourrait changer sur certains marchés ?

Richard Tougeron : Oui, absolument. C’est une vraie question. Après, il faut intégrer des contraintes locales. Sur ma région, il existe pas mal de pays dans des configurations compliquées, comme la Russie, l'Ukraine, l'Afghanistan, la Libye, l’Iran ou l’Irak. C'est compliqué d'être présent en direct sur ces marchés. Même en Algérie, à Dubaï ou en Arabie Saoudite, il est difficile d’investir en direct facilement. Sur l'Europe, la question ne se pose pas. Nous essayons d'être en direct, mais sur des pays plus compliqués, ce n’est pas toujours évident. De plus, nous avons des partenaires depuis des décennies dans certains pays.

Auto Infos : Quel est le modèle de travail avec ces importateurs ?

Richard Tougeron : C’est un contrat de distribution assez classique. L’importateur s’engage chaque année sur des modèles, des volumes, des prix d’achats et des prix de cession. Il dispose de son propre réseau de commercialisation qu’il doit animer. Le schéma est le même, que l’on soit au Maroc, en Asie ou sur certains marchés européens.

Auto Infos : Le profil des véhicules est sans doute différent selon les marchés…

Richard Tougeron : On retrouve des véhicules dans certains marchés et pas dans d'autres. Typiquement, l’Afghanistan est un marché où le volume des 3 Roues est très élevé. En termes de mix produit, le niveau d’acceptation diffère selon les pays pour la partie électrique. Ce sont les deux grandes typologies sur lesquelles il existe une grande différence selon la maturité du marché et selon les besoins.

Auto Infos : TVS Motor semble vouloir aller plus loin pour Norton aujourd’hui que les 5 ou 6 pays ciblés lors de la relance de la marque…

Richard Tougeron : Effectivement, l'Europe est en cours de déploiement et des discussions sont en cours aux Etats-Unis. L’Inde fait bien évidemment partie du périmètre mais au-delà de ces pays, s’il existe des opportunités pour introduire la marque, elles sont étudiées. L’empreinte de Norton devrait être globale à terme. Je pense aussi que nous avançons avec la marque et nous prenons confiance. Les produits sont en cours de production, nos concessionnaires commencent à vendre leurs premières machines, nos filiales et nos équipes se forment sur le terrain, notre politique commerciale se met en place et nous avons une captive financière établie avec le Crédit Agricole pour l’Europe. Nos logisticiens livrent les motos, nous les facturons à nos concessionnaires, nous avons des animations et des événements sont en cours. Nous étions présents à l’Alpes Aventure notamment, où nous avons fait une centaine d'essais et le retour des clients est extrêmement bon. Nous ne rentrons pas encore dans un schéma de routine mais nous nous rapprochons du schéma classique d'animation de filiales. Tout n'est pas parfait mais cela nous encourage à accélérer l'expansion.

Auto Infos : Sudarshan Venu, le jeune président de TVS Motor, semble avoir de grandes ambitions pour son groupe…

Richard Tougeron : TVS était cinquième constructeur mondial de deux-roues en 2020, troisième en 2025 et je pense qu'en 2026 nous finirons deuxième. Notre président Sudarshan Venu est très jeune et il est dans cette logique de croissance. Il n’a pas peur de prendre des risques et des décisions. Cela explique notamment mon arrivée et celle de Marcel Driessen par exemple. TVS Motor est en pleine transformation et veut devenir un constructeur global. Pour cela, le groupe veut s’appuyer sur des gens venus d'horizons différents, capables d’apporter de nouvelles approches.

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