
TecAlliance crée Kyvera, une nouvelle filiale chargée de développer une infrastructure commune de données pour le marché indépendant de la rechange. Explication.
Le marché de la rechange automobile ne manque pas de données. Références de pièces, informations sur les véhicules, diagnostics, données issues des ateliers ou encore contenus destinés au commerce en ligne...Les informations disponibles se sont multipliées avec la digitalisation du secteur. Le problème réside davantage dans leur dispersion. Elles sont produites et stockées dans de nombreux systèmes qui ne communiquent pas toujours facilement entre eux.
C’est à cette difficulté que TecAlliance entend s’attaquer avec Kyvera, une nouvelle filiale créée pour développer une infrastructure commune au marché indépendant de la rechange. Derrière un sujet qui peut paraître très technique se trouve un enjeu assez concret pour la filière, celui de permettre à différentes entreprises et à leurs outils informatiques de mieux échanger et exploiter leurs informations.
Pour un distributeur ou un réparateur, cette question prend une importance croissante à mesure que les outils numériques se multiplient. Identification du véhicule, recherche de la bonne référence, commande de pièces, diagnostic, devis ou gestion de l’intervention reposent sur des données provenant de sources différentes. Leur qualité, mais aussi la possibilité de les faire circuler d’un système à l’autre, conditionnent donc de plus en plus le fonctionnement quotidien des entreprises.
Aller plus loin que TecDoc
Kyvera s’inscrit dans le prolongement de TecDoc, développé depuis plusieurs décennies pour harmoniser les informations relatives aux véhicules et aux pièces. TecAlliance estime cependant que l’évolution du marché nécessite désormais d’aller plus loin. L’essor des plateformes numériques, de l’intelligence artificielle et des véhicules de plus en plus connectés génère de nouveaux volumes et de nouvelles catégories d’informations.
L’ambition n’est donc pas simplement de créer une nouvelle base de données centralisant toutes les informations du marché. Kyvera doit plutôt fournir un cadre commun permettant aux entreprises de partager certaines données tout en restant maîtres de leur utilisation.
Le principe annoncé est que chaque entreprise puisse décider quelles informations elle souhaite rendre accessibles, à quels acteurs et pour quels usages. Kyvera doit parallèlement travailler à leur standardisation afin qu’elles puissent être comprises et exploitées par différents logiciels, plateformes numériques et, à terme, systèmes utilisant l’intelligence artificielle.
L'éditeur ne présente toutefois pas Kyvera comme une solution entièrement définie dont les fonctionnalités seraient déjà arrêtées. La nouvelle structure doit avancer à partir de cas d’usage proposés et travaillés avec les acteurs du marché. Des groupes d’entreprises seront réunis autour de problèmes précis afin de déterminer quelles données doivent être partagées et sous quelles conditions. L’intérêt de Kyvera dépendra donc des applications qui seront progressivement développées et de l’adhésion des différents acteurs à ce principe de partage.
La gouvernance constitue en effet un élément central du projet. TecAlliance insiste sur la volonté de proposer une infrastructure neutre, avec des conditions identiques pour les entreprises participantes. La maison mère de Kyvera présente cette démarche comme un moyen de conserver la maîtrise de cette future organisation des données au sein même du marché indépendant.
Un enjeu qui dépasse la seule identification des pièces
La création de Kyvera illustre surtout le changement d’échelle du sujet des données dans l’après-vente. Pendant longtemps, l’un des principaux enjeux consistait à associer correctement un véhicule aux pièces compatibles. Avec la multiplication des outils numériques, il s’agit désormais aussi de faire dialoguer des informations provenant de nombreux maillons de la chaîne.
Cette évolution prend une dimension supplémentaire avec l’intelligence artificielle. Pour être réellement utiles, ces outils doivent pouvoir s’appuyer sur des informations suffisamment fiables, organisées et compatibles entre elles. Christian Müller, directeur général de Kyvera et vice-président Strategy de TecAlliance, résume l’enjeu en estimant que le marché dispose d’une grande quantité de données, mais encore insuffisamment d’informations directement exploitables.
Kyvera sera codirigée par Christian Müller et Marina Ribke. Cette dernière, responsable de la technologie et de l’architecture du projet, a notamment travaillé chez Mercedes-Benz sur l’architecture de Catena-X, autre initiative consacrée à l’échange de données dans l’industrie automobile. Le siège de la nouvelle société est installé à Cologne, en Allemagne.





