
Image générée par IA
Alors que les marques chinoises gagnent du terrain en Europe, les réparateurs indépendants ne disposent pas encore partout des mêmes moyens pour intervenir sur leurs véhicules. Une étude réalisée par l’Adira, avec la collaboration de l'assisteur AITEC et de l'éditeur Infopro Digital Automotive, menée en Italie, montre que l’accès aux informations de réparation progresse, mais révèle de fortes disparités entre constructeurs, notamment pour le diagnostic et la programmation des calculateurs.
L’arrivée des constructeurs chinois sur le marché européen pose une nouvelle question à l’après-vente indépendant : les ateliers multimarques disposent-ils des informations et des outils nécessaires pour entretenir et réparer leurs véhicules ? Pour tenter d’y répondre, l’Adira, association italienne représentant les opérateurs indépendants de l’aftermarket, a passé au crible les dispositifs proposés par plusieurs marques présentes en Italie.
Premier enseignement : il serait excessif de considérer les marques chinoises comme globalement fermées à la réparation indépendante. La situation apparaît beaucoup plus contrastée. L’Adira constate une mise à disposition relativement complète des données techniques et des fonctions de diagnostic chez Leapmotor, Lynk & Co et MG-SAIC, tandis que Dongfeng et DR Automobiles ne disposaient pas, au moment de l’étude, de portail technique destiné aux indépendants. BYD et Omoda & Jaecoo se situaient dans une situation intermédiaire, avec des portails encore incomplets sur certaines fonctions de diagnostic.
Sur le premier niveau d'accès, celui de la documentation nécessaire aux opérations d'entretien et de réparation, plusieurs constructeurs ont donc franchi une étape. BYD propose par exemple un Technical Information System contenant les l’accès permettant notamment d'accéder aux informations nécessaires à la réparation, à la maintenance et au diagnostic.
Leapmotor bénéficie de son rapprochement avec Stellantis. La marque étant distribuée en Europe par le groupe, les réparateurs déjà titulaires d'identifiants pour les portails FCA ou PSA peuvent les utiliser pour accéder au portail Leapmotor.
Lynk & Co va plus loin avec plusieurs formules d'accès. Outre les offres destinées aux réparateurs, le constructeur prévoit une formule spécifique pour les éditeurs de données, fabricants d'outils de diagnostic, centres d'essais et organismes publics, avec notamment la possibilité d'obtenir certaines données via API ou fichiers téléchargeables.
MG figure également parmi les marques offrant un accès assez complet. Son portail permet aux réparateurs indépendants de consulter les informations techniques du constructeur, mais aussi d’accéder, moyennant une tarification distincte, aux fonctions Pass Thru nécessaires à certaines opérations électroniques avancées sur le véhicule.
Le diagnostic avancé reste le principal point faible
C'est précisément lorsque l'intervention dépasse la consultation d'un manuel de réparation que les écarts se creusent. L'Adira estime que la mise à disposition des logiciels nécessaires aux opérations avancées – codage, programmation ou mise à jour des calculateurs – reste incomplète chez plusieurs constructeurs.
Le cas de BYD l'illustre. Le constructeur propose aux opérateurs indépendants son outil officiel VDS2100 IO, composé notamment d'une tablette et d'une interface de connexion. En revanche, un atelier ne peux pas utiliser une interface de diagnostic multimarque compatible Pass Thru pour accéder aux fonctions électroniques du constructeur, notamment pour certaines opérations de programmation ou de mise à jour. BYD justifiant cette restriction par des impératifs de cybersécurité. Selon l'Adira, BYD s'était toutefois engagé à rendre le Pass Thru possible.
Chez Omoda & Jaecoo, la documentation technique, le catalogue de pièces et les temps d'intervention étaient accessibles après identification. En revanche, le Pass Thru ne permettait toujours pas le codage, la programmation ou la mise à jour des calculateurs. Les manuels étaient par ailleurs uniquement consultables en anglais sur ordinateur.
De 21 à 100 euros pour une journée d'accès
L'autre enseignement de l'étude concerne le coût. Les écarts sont considérables d'une marque à l'autre. Pour une journée de consultation de la documentation technique, MG demandait ainsi 21 euros HT, BYD 30 euros, Leapmotor 35 euros, Geely 50 euros et Omoda & Jaecoo 100 euros. Chez ce dernier, l'abonnement annuel atteignait 3 000 euros HT.
À cela peuvent s'ajouter les fonctions de diagnostic. Leapmotor facturait par exemple la documentation 1 750 euros HT par an, auxquels pouvaient s'ajouter 600 euros HT pour une licence annuelle de diagnostic. Geely affichait de son côté 1 650 euros par an pour les informations techniques et 3 350 euros pour son logiciel de diagnostic.
Ces montants prennent une importance particulière pour les ateliers indépendants qui ne rencontrent encore qu'occasionnellement certains de ces véhicules. Un accès ponctuel coûteux peut peser sur la rentabilité d'une intervention et, à terme, sur la capacité réelle d'un réparateur multimarque à accepter le véhicule.
Tesla fait figure d'exception
Utilisée comme référence dans l'étude, Tesla présente un modèle différent. Ses informations techniques concernant l'ensemble de ses modèles sont accessibles gratuitement et sans limitation depuis son portail Service Information. En revanche, l'accès au logiciel de diagnostic est payant : 75 dollars pour une journée, 150 dollars pour un mois et 700 dollars pour un an.
À l'autre extrémité du spectre, l'Adira n'avait identifié aucun portail technique destiné aux indépendants chez Dongfeng et DR Automobiles. Pour Dongfeng, l'association relativise ce constat par l'arrivée récente du constructeur sur le marché italien et indique travailler avec lui sur le développement des services destinés aux opérateurs indépendants.
Elle se montre beaucoup plus critique envers DR Automobiles. Le groupe italien commercialise sous différentes marques des véhicules principalement fabriqués en Chine. Selon l'étude, DR ne disposait pas de portail pour les opérateurs indépendants et ne fournissait pas non plus ses données techniques aux éditeurs. L'Adira indique avoir signalé cette situation aux autorités compétentes du ministère italien des Transports.





