DARVA veut faire du dossier partagé le nouveau socle de la gestion du sinistre

Fabio CROCCO
DARVA veut faire du dossier partagé le nouveau socle de la gestion du sinistre

Avec Sinapps Auto Next, DARVA prépare une évolution profonde de sa plateforme historique d’échanges entre assureurs, experts et réparateurs. L’opérateur veut passer d’échanges bilatéraux à un dossier partagé accessible aux différents intervenants. Une évolution qui doit également permettre d’intégrer davantage l’assuré au parcours de gestion du sinistre.

Depuis sa création en 1988, DARVA occupe une place singulière dans la gestion des sinistres automobiles. L'entreprise assure la circulation dématérialisée des informations entre assureurs et leurs différents prestataires : experts, réparateurs, recycleurs ou encore éditeurs de logiciels.

Quelque 13 000 entreprises sont aujourd'hui connectées à DARVA, dont environ 9 000 carrossiers, de très loin sa première population de clients. Au total, près de 6 millions de dossiers automobiles transitent chaque année par ses systèmes, dont 4,5 millions en carrosserie et 1,5 million en bris de glace.

Une activité historique que Jean-Baptiste Peaudecerf, responsable du marketing, résume volontiers par l'image du chef d'orchestre. « On se place vraiment au centre de cet écosystème de la réparation après-sinistre », explique-t-il.

Pour le réparateur, ces échanges sont généralement intégrés directement dans son DMS, à condition que celui-ci soit homologué DARVA. L'atelier reçoit ainsi l'avis de sinistre, échange avec l'assureur pendant la réparation et peut, à l'issue du dossier, transmettre sa facture métier. Celle-ci peut alors être contrôlée automatiquement côté assureur avant règlement. Un processus qui vise notamment à raccourcir les délais administratifs et de paiement.

Passer du message au dossier partagé

Mais c'est précisément cette architecture historique que DARVA veut aujourd'hui faire évoluer avec Sinapps Auto Next. La plateforme actuelle fonctionne principalement selon une logique bilatérale : un acteur émet une information à destination d'un autre. Lorsqu'un troisième intervenant doit en disposer, il faut donc dupliquer le message.

Jean-Baptiste Peaudecerf prend l'exemple du rapport d'expertise envoyé à l'assureur. Le réparateur peut lui aussi avoir besoin de ce document sans en être initialement destinataire. Sinapps Auto Next doit supprimer cette logique de duplication grâce à la solution D360, un dossier dans lequel les informations seront déposées puis accessibles aux différents intervenants habilités.

« On passe vraiment d'une logique d'échange de messages à une logique de partage d'informations », résume Jean-Baptiste Peaudecerf. L'ambition est de construire « le dossier partagé dont l'écosystème avait besoin depuis des années ».

Le changement n'est donc pas seulement technique. DARVA veut créer un dossier de sinistre autour duquel plusieurs acteurs pourront venir consulter et alimenter l'information, plutôt que de multiplier les échanges point à point entre assureur, expert et réparateur.

Cette architecture a également vocation à s'ouvrir au-delà du triptyque historique. Des fournisseurs de solutions utilisés par les ateliers pourraient ainsi alimenter le dossier lorsque leurs données présentent un intérêt pour d'autres intervenants. DARVA ne souhaite en revanche pas se substituer à ces spécialistes. Interrogé notamment sur la gestion des plannings d'atelier, le chef de produit marketing écarte clairement cette possibilité, cherchant plutôt à centraliser les informations produites par ces différentes solutions pour les rendre disponibles dans le parcours global du sinistre.

Sinapps Auto Next pleinement opérationnel fin 2027

Cette transformation implique cependant de reconstruire une architecture héritée de plus de 35 ans d'activité. DARVA vient d'ailleurs de franchir le cap symbolique du milliardième échange réalisé sur sa plateforme historique.

L'entreprise dispose désormais d'un calendrier plus précis pour sa succession. La première étape de Sinapps Auto Next, actuellement engagée, concerne la consultation des données. Jusqu'à la fin 2026, la nouvelle plateforme permettra essentiellement de consommer les informations existantes, sans encore créer les flux à partir de Next.

La seconde phase débutera en 2027 et sera consacrée à la création. L'un des enjeux techniques consiste à assurer l'intermédiation entre les deux générations de plateformes : un acteur déjà passé sur Next devra pouvoir continuer à échanger avec un autre utilisant encore l'ancien environnement. « On assure l'interopérabilité des deux plateformes. Et ça, ce n'est pas une mince affaire », souligne Jean-Baptiste Peaudecerf. L'objectif est de rendre Sinapps Auto Next disponible de manière complète pour l'ensemble du marché d'ici fin 2027. DARVA prévoit d'ailleurs d'en présenter concrètement le fonctionnement lors d'Equip Auto 2027.

Faire entrer l'assuré dans la boucle

La refonte doit également modifier la place de l'automobiliste dans le système. Aujourd'hui, celui-ci reste largement extérieur aux parcours automobiles de DARVA. L'une des exceptions est Flash, qui permet à l'assuré de réaliser lui-même les photographies de son véhicule après un sinistre. Le réparateur conserve alors la possibilité de juger les clichés exploitables ou de demander que le véhicule lui soit présenté.

Avec Sinapps Auto Next, DARVA entend aller plus loin en donnant davantage de visibilité à l'assuré sur l'ensemble de son dossier. L'idée s'inspire notamment de ce qui existe déjà dans les parcours de l'assurance habitation.

Le constat de DARVA est que les différents acteurs proposent déjà chacun leurs propres outils de suivi : l'assureur sur une partie du parcours, l'expert sur l'expertise et parfois le réparateur sur l'avancement des travaux. Mais ces informations restent dispersées et peuvent se recouper, voire se contredire.

L'objectif est donc de proposer une information cohérente depuis la déclaration du sinistre jusqu'à la restitution du véhicule. « On cherche vraiment à faire travailler tout le monde ensemble et à permettre d'avoir un suivi homogène de toute la vie du dossier », explique Jean-Baptiste Peaudecerf.

L'IA reste sous les 5 % des dossiers

Cette évolution des processus passe également par l'intelligence artificielle, mais dans des proportions encore limitées. Avec Lucia, DARVA permet aux assureurs de mettre en œuvre des parcours sans expertise humaine pour certaines catégories de dossiers à faible enjeu financier. Le chiffrage transmis par le réparateur est alors confronté à un évaluateur utilisant l'IA.

L'éditeur ne développe pas lui même cet outil d'évaluation. Chaque assureur choisit son prestataire et la plateforme assure la connexion avec celui-ci. Jean-Baptiste Peaudecerf cite notamment Tractable, utilisé par Covéa et plus récemment par Groupama, tout en insistant sur le caractère ouvert de l'architecture.

Surtout, il relativise le poids actuel de ces parcours. Moins de 5 % des dossiers traités par DARVA sont aujourd'hui concernés. « L'immense majorité des dossiers reste avec des experts », précise-t-il. Si les volumes progressent, DARVA n'observe pas pour autant une augmentation exponentielle.

Pour le réparateur, le changement n'est toutefois pas neutre. Dans un parcours reposant sur une évaluation automatisée, l'atelier doit renseigner son chiffrage avec davantage de précision afin qu'il puisse être correctement interprété par l'outil. Même prudence concernant Flash. Le dispositif, utilisé actuellement avec Covéa, représente lui aussi moins de 5 % des dossiers. DARVA reconnaît que son adoption se heurte à une réalité très opérationnelle au sein de laquelle les réparateurs restent attachés à l'examen physique du véhicule avant d'engager le processus de réparation.

De la dématérialisation à la collaboration

Pour DARVA, l'enjeu n'est donc plus seulement de supprimer le papier ou de digitaliser des échanges qui le sont déjà largement. La prochaine étape consiste plutôt à décloisonner des systèmes qui se sont développés séparément. « La digitalisation aujourd'hui est, de notre point de vue, très avancée. On n'a plus tellement d'enjeux là-dessus. Notre enjeu, c'est véritablement de permettre un monde beaucoup plus collaboratif, connecté et piloté par la donnée », résume Jean-Baptiste Peaudecerf. Sinapps Auto Next constitue le principal outil de cette évolution.

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