
Les constructeurs automobiles chinois dominent le monde.
© Auto Shanghai
L'industrie automobile mondiale pourrait connaître un bouleversement majeur au cours de la prochaine décennie. Selon une étude publiée par KPMG le 21 octobre, 48 % des 775 dirigeants interrogés estiment que six des dix premiers constructeurs mondiaux auront leur siège en Chine en 2035. Une perspective qui illustre la montée en puissance des industriels chinois, mais également le déplacement de la concurrence vers les logiciels, les batteries et l'intelligence artificielle.
Les constructeurs chinois pourraient-ils dominer l'industrie automobile mondiale d'ici dix ans ? C'est en tout cas le scénario envisagé par près d'un dirigeant automobile sur deux. Dans la 26e édition de son Global Automotive Executive Survey, publiée le 21 octobre, KPMG révèle que 48 % des 775 responsables interrogés à travers le monde anticipent la présence de six constructeurs ayant leur siège en Chine parmi les dix premiers groupes automobiles mondiaux en 2035.
Cette perspective traduit un changement profond dans la perception des rapports de force internationaux. Longtemps considérés comme des industriels capables de produire des véhicules à moindre coût, les constructeurs chinois sont désormais reconnus pour leurs capacités technologiques, notamment dans les batteries, les logiciels embarqués et l'électrification. Il ne s'agit toutefois pas d'une prévision établie par KPMG, mais d'une anticipation exprimée par les dirigeants interrogés. Elle témoigne néanmoins de la place croissante prise par les groupes chinois dans les réflexions stratégiques de l'industrie automobile.
Le logiciel pourrait devenir le premier facteur de différenciation
L'étude révèle également une évolution majeure des critères de compétitivité. Pour 51 % des dirigeants interrogés, les logiciels et les technologies numériques deviendront, d'ici 2035, la principale source de différenciation de leur entreprise.
Les performances mécaniques et les caractéristiques traditionnelles des véhicules pourraient ainsi perdre une partie de leur importance au profit de l'intelligence artificielle, des systèmes avancés d'aide à la conduite, des services connectés et des fonctionnalités évolutives. Cette transformation favorise les constructeurs capables de développer rapidement de nouvelles architectures électroniques et de proposer des mises à jour à distance.
Pour autant, les industriels sont encore loin de maîtriser totalement cette transition. Selon KPMG, seuls 36 % des projets liés à l'intelligence artificielle et aux logiciels dépassent aujourd'hui le stade expérimental pour être déployés à plus grande échelle. Autre enseignement : 92 % des entreprises interrogées ont besoin d'au moins douze mois pour déployer une nouvelle technologie numérique dans l'ensemble de leur organisation. Plus d'un tiers nécessitent même plus de deux ans. Ces difficultés montrent que la maîtrise du logiciel constitue désormais un enjeu industriel majeur, y compris pour les constructeurs historiques disposant de ressources financières considérables.
L'Asie accélère ses investissements technologiques
Les différences régionales apparaissent également dans les résultats de l'étude. Dans la région Asie-Pacifique, 57 % des dirigeants interrogés déclarent réaliser des investissements importants dans l'intelligence artificielle et les technologies émergentes, contre 52 % en Europe et 48 % sur le continent américain. L'Asie-Pacifique affiche également une avance dans l'intégration des systèmes de conduite autonome et des aides avancées à la conduite, selon les réponses recueillies par KPMG.
Cette dynamique accompagne le développement de constructeurs comme BYD, Geely, Chery ou XPeng, qui cherchent à se différencier par leurs technologies autant que par leurs prix. L'évolution concerne aussi les partenariats industriels. Selon l'étude, la part de création de valeur rendue possible par les coopérations extérieures et les écosystèmes technologiques pourrait passer de 30 % aujourd'hui à 44 % dans les trois prochaines années. Cette tendance se retrouve déjà dans plusieurs alliances entre constructeurs occidentaux et chinois, à l'image du rapprochement entre Volkswagen et XPeng.
La distribution et l'après-vente deviennent prioritaires
Autre enseignement intéressant pour les professionnels de la distribution automobile : la transformation de la relation client, des ventes et de l'après-vente arrive en tête des priorités d'investissement des dirigeants pour les trois prochaines années. Elle devance les initiatives liées à la durabilité et à l'économie circulaire, ainsi que les investissements consacrés aux nouvelles motorisations et au déploiement de l'intelligence artificielle. Ce résultat montre que la transformation de l'industrie automobile ne concerne pas uniquement les usines ou les véhicules. La relation commerciale, les services connectés, la maintenance et la fidélisation des clients constituent également des leviers de compétitivité. Pour les distributeurs, cette évolution pourrait modifier progressivement les modèles économiques, avec une place croissante accordée aux services numériques et aux prestations proposées pendant toute la durée d'utilisation du véhicule.
L'Europe confrontée à une transformation simultanée de son industrie
Face à ces évolutions, les constructeurs européens doivent relever plusieurs défis à la fois. Ils doivent préserver la rentabilité de leurs activités historiques, financer l'électrification de leurs gammes et accélérer leurs investissements dans les technologies numériques. Cette transformation intervient alors que les marchés automobiles suivent des trajectoires différentes.
La Chine poursuit une électrification rapide, tandis que l'Inde, le Japon et plusieurs pays d'Asie du Sud-Est devraient continuer à faire coexister différentes motorisations. En Europe, les discussions sur l'évolution des objectifs de réduction des émissions de CO? illustrent les difficultés rencontrées par les industriels pour concilier transition énergétique, compétitivité et rentabilité.
« La carte concurrentielle de l'industrie est en train d'être redessinée », souligne Nicolas Nowicki, associé chez KPMG et responsable du secteur automobile pour la France et la région Europe, Moyen-Orient et Afrique. Le dirigeant insiste sur le fait que la réussite des constructeurs ne dépendra pas uniquement de leur implantation géographique ou de leur taille, mais aussi de leur capacité à déployer rapidement les technologies et à construire des écosystèmes adaptés.





