Interview

Mondial de l'Auto 2026 - Jean-Marc Streng (Honda) : « Ce n’est pas une course au volume, quoi qu’il en coûte »

Mondial de l'Auto 2026 - Jean-Marc Streng (Honda) : « Ce n’est pas une course au volume, quoi qu’il en coûte »

Jean-Marc Streng Honda Europe.

© Honda

Seul constructeur japonais présent au Mondial de l’Auto 2026, Honda revient après huit ans d’absence. Encore principalement tournée vers l’hybride, la marque défend une croissance mesurée et la rentabilité de ses distributeurs. Jean-Marc Streng, senior vice-président de Honda Motor Europe, détaille cette stratégie, alors que l’accélération de l’électrique bouscule le marché européen.

Honda entend réaffirmer sa présence en Europe. Seul constructeur japonais exposant au Mondial de l’Auto 2026, la marque profite du rendez-vous parisien pour présenter sa gamme et rappeler l’étendue de ses activités. « Pour nous, c’est important d’y être, parce que nous avons été absents pendant huit ans », souligne Jean-Marc Streng, senior vice-président de Honda Motor Europe, rencontré quelques jours avant le salon dans les nouveaux locaux de Honda à Marne-la-Vallée.

Pour un constructeur dont les volumes automobiles restent modestes en Europe, le Mondial représente une occasion de toucher une clientèle plus large. « La présence au Mondial nous donne une visibilité extraordinaire, d’autant plus si tous nos concurrents ne sont pas là », explique le dirigeant. Honda met également en avant son partenariat avec Aston Martin en Formule 1 et ses compétences au-delà de l’automobile.

L’hybride reste la priorité à court terme

Sur le plan commercial, Honda maintient un objectif de 100 000 voitures pour l’exercice 2026-2027, sur un périmètre européen comprenant le Royaume-Uni et la Turquie. Jean-Marc Streng fait état d’une progression de 4 % des immatriculations de janvier à septembre, avec une hausse de 9 % en France et des performances plus fortes sur plusieurs autres marchés.

Cette dynamique repose principalement sur l’hybride, avec les HR-V, Jazz, Civic et CR-V. « Nous avons déjà atteint 50 000 commandes en six mois, donc nous sommes sur notre plan de marche », affirme-t-il à propos du premier semestre fiscal, d’avril à septembre.

Le constructeur défend le positionnement de sa gamme, qui associe sobriété et agrément de conduite. Il mise aussi sur des produits moins directement concurrencés, comme la Jazz, avec son architecture de petit monospace, ou la Civic full hybride.

Mais l’accélération de l’électrique en France et en Allemagne rend ce choix plus délicat. « Depuis trois mois, c’est plus compliqué, je suis d’accord », reconnaît Jean-Marc Streng. « L’accélération de l’électrique est peut-être supérieure à ce que nous imaginions », notamment sous l’effet du prix du carburant.

jean-marc streng honda

Une offre électrique à reconstruire

Honda dispose encore d’une offre électrique limitée, alors que le SUV e:Ny1 arrive en fin de commercialisation. Le dirigeant ne conteste pas la nécessité d’élargir cette gamme : « Aujourd’hui, Honda n’a pas une offre étendue en électrique, c’est indéniable. Mais nous reviendrons sur l’électrique. »

Le calendrier reste toutefois à préciser. « Nous allons communiquer sur la gamme future dans les mois qui viennent, mais, à court terme, nous sommes sur l’hybride », indique-t-il. La marque doit aussi redéfinir son approche après l’arrêt du programme Honda 0 Series, une décision qu’il explique par une réévaluation de la demande mondiale, notamment aux États-Unis.

En attendant, Honda observe la réception de la Super-N, une petite voiture électrique issue d’une kei car japonaise, commercialisée au Royaume-Uni. La priorité donnée à ce marché tient notamment à la conduite à droite, qui facilite l’adaptation du modèle.

Jean-Marc Streng insiste sur les différences de rythme entre pays européens. Il estime également que les prochaines étapes de l’électrification concerneront des automobilistes plus difficiles à convaincre, en particulier lorsque leur logement ne permet pas de recharger facilement.

Les particuliers pour préserver les marges

Face à une concurrence accrue, notamment chinoise, Honda continue de privilégier les particuliers. En France, ils représentent 75 % de ses ventes, selon le dirigeant. « Nous sommes moins présents sur les marchés de flottes très disputés et nous ne pratiquons pas de ventes tactiques », rappelle-t-il.

Ce choix contribue à préserver les marges des distributeurs. Jean-Marc Streng annonce une rentabilité du réseau français d’environ 1,5 %, avec des niveaux comparables à l’échelle européenne et parfois supérieurs dans certains pays.

« Sur des volumes maîtrisés mais réguliers d’année en année, avec un parc existant et une activité VO profitable, nos réseaux sont positifs », explique-t-il. Le véhicule neuf, l’occasion et l’après-vente contribuent à cet équilibre, soutenu par la fidélité des clients et les valeurs résiduelles des produits.

L’ambition reste donc une croissance compatible avec les résultats des partenaires. « Nous ferons une progression qui garantira une rentabilité de nos réseaux et de nos filiales en Europe. Ce n’est pas une course au volume, quoi qu’il en coûte. »

Un réseau plus concentré

Honda a parallèlement réduit le nombre de ses partenaires européens, notamment en 2023 et 2024. Le réseau compte aujourd’hui environ 620 concessionnaires en Europe. En France, la réorganisation menée en 2024 et au début de 2025 aboutit à 65 points de vente exploités par 35 partenaires.

Pour attribuer un nouveau site, Honda privilégie les distributeurs déjà présents. Cette approche doit leur permettre de mieux rentabiliser leurs moyens et de capitaliser sur leur connaissance de la marque. « Si vous couvrez une marque sur un ou deux points, il n’est pas stupide de couvrir un point supplémentaire », observe Jean-Marc Streng.

La concentration facilite aussi les échanges et limite la concurrence entre distributeurs Honda. « Si vous avez 35 personnes, c’est plus facile à gérer », résume-t-il, en insistant sur la proximité avec les investisseurs.

Alors que les charges immobilières et les tensions de trésorerie fragilisent certaines affaires, le constructeur entend conserver un fonctionnement accessible à ses partenaires. Une relation que le dirigeant présente comme un atout auprès des groupes multimarques ayant récemment rejoint le réseau.

Réaffirmer le poids de Honda en Europe

Le retour au Mondial doit enfin montrer que l’engagement européen de Honda dépasse ses seuls volumes automobiles. Jean-Marc Streng rappelle l’existence d’usines de motos en Italie, de tondeuses et de robots à Orléans, ainsi que d’activités industrielles en Turquie et en Espagne.

« En Europe, Honda touche un million de clients par an, si l’on cumule toutes les activités », souligne-t-il. L’automobile, la moto, les produits d’équipement et la marine donnent ainsi au groupe une présence plus large que ne le suggèrent ses seules immatriculations.

Au Mondial, Honda entend s’appuyer sur cette diversité et sur son héritage technologique pour renforcer sa visibilité. Avec un enjeu désormais central : conserver sa clientèle hybride tout en préparant une offre adaptée à l’accélération de l’électrique.

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