
Lancia relance la Gamma.
© Lancia / Stellantis
La nouvelle Gamma dépasse le Peugeot 3008 de 13 centimètres mais affiche les mêmes dimensions qu’un DS N°7 ou qu’un Opel Grandland. Par contre, il est plus court de 12 cm qu’un Peugeot 5008 et de 13 cm qu’un DS N°8. La marque italienne en déshérence est tombée de 300 000 unités en 1990 à 10 000 l’an passé.
Lancia Gamma : Après la petite Ypsilon sur base de Peugeot 208 en 2024, on attendait logiquement un véhicule compact, successeur de la célèbre Delta de 1979, dessinée par le grand carrossier. Giorgetto Giugiaro. Histoire de monter progressivement en gamme. Mais non. La marque préfère bizarrement faire le grand écart et sortir… un SUV de catégorie supérieure, la Gamma. La logique aurait pourtant voulu que le modèle intermédiaire, la Delta, sorte avant ! Mais las. Pis : initialement prévue pour 2026, puis reportée à 2028, cette future Delta 100% électrique semble avoir disparu des plans aujourd’hui… Du moins provisoirement.
La nouvelle Lancia Gamma a été présentée le 16 septembre 2026. Les premiers essais par la presse spécialisée commencent ce mercredi. Avec des commandes ouvertes prochainement. Gamma ? Lancia reste fidèle aux lettres de l’alphabet grec pour ses dénominations. Aujourd’hui, on a du mal à en comprendre la logique. Mais, aux grandes heures de Lancia, c’était compréhensible. La première lettre Alpha était interdite à cause d’Alfa Romeo. Mais il y eut les Bêta, Delta, Ypsilon… Rien d’étonnant à ce que la firme ressorte donc Gamma. Le hic, c’est que l’ancienne grande berline - et son dérivé coupé - Lancia Gamma commercialisée entre 1975 et 1984 fut un bide retentissant.
Trois électriques
Le style bicorps est aujourd’hui le seul point commun entre l’ancienne et la nouvelle Gamma. En effet, l’actuelle génération reprend le style SUV des Peugeot 3008 et DS N°7, avec lesquelles elle partage la plateforme Stellantis STLA Medium, les motorisations et pas mal de composant. Le SUV Lancia Gamma, qui mesure 4,67 m de long, dépasse le Peugeot 3008 de 13 centimètres mais affiche les mêmes dimensions qu’un DS N°7 ou qu’un Opel Grandland. Par contre, il est plus court de 12 cm qu’un Peugeot 5008 et de 13 cm qu’un DS N°8.
Au programme des motorisations : le mini tricylindre 1,2 essence de 145 chevaux (à hybridation légère) des 208, 308, 3008. Trois versions 100% électriques sont en outre proposées dès le lancement : une déclinaison de 230 chevaux couplée à une batterie de 74 kWh offrira une autonomie théorique de 540 kilomètres (en cycle d’homologation WLTP). Une version dite Long Range de 245 chevaux couplée à une batterie de 97 kWh revendique un rayon d’action de de 740 kilomètres (cycle WLTP). Le hic, c’est que cette dernière embarque une batterie produite à Douvrin (Pas-de-Calais) par ACC (Stellantis, Total Energies et Mercedes), qui monte très difficilement en cadence… Les délais de livraison risquent d’être longs avec une livraison promise pour février 2027 à ce stade. Enfin, une version à transmission intégrale de 375 chevaux devrait proposer une autonomie de 675 kilomètres (WLTP).
Production à Melfi
La Gamma est produite à Melfi, dans le sud de l’Italie. « Nous fabriquons environ 300 voitures (Gamma, DS N°7 et N°8, Jeep Compass) par jour », explique un ouvrier interrogé par le média local Basilicata24. Sur cinq jours, cela représente quelque 1 500 véhicules par semaine. Mais « nous voyons de nos propres yeux que beaucoup des voitures produites sont dehors, sur les parkings, certaines même sans protection », tempère toutefois l’ouvrier. D’où cette question : « Le problème n’est pas de savoir combien de grosses voitures nous fabriquons, mais combien nous parvenons réellement à vendre ». Une semaine d’arrêt a d’ailleurs été annoncé à Melfi pour ce mois-ci.
Ce SUV Gamma, qui rentre en concurrence interne avec les Peugeot 3008 et 5008, les DS N°7 et N°8, l’Opel Grandland, le Jeep Compass et la Citroën C5 Aircross, parviendra-t-il à séduire alors que la marque est aujourd’hui quasiment ignorée hors de la péninsule ? De toutes manières, les objectifs sont très limités. Le cabinet d’expertise Inovev table sur 10 000 unités annuelles. Dont jusqu’à 1 500 en France selon les prévisions officielles, où le réseau devrait atteindre une quarantaine de points de vente en fin d’année. Ces chiffres qui nous semblent optimistes, vu l’échec de la citadine Ypsilon ! La marque Lancia est tombée à 10 000 unités seulement vendues en 2025.
De 300 000 à 10 000
Certes, les chiffres remontent un (tout petit) peu à 8 100 immatriculations sur huit mois 2026 en Europe (+3%). Mais c’est peu. Lancia vend deux fois moins que DS, cinq fois moins qu’Alfa Romeo. La marque a pourtant dépassé les 300 000 ventes annuelles en 1990 (avec cinq modèles), avant de retomber lourdement… Deux ans après, Lancia chutait à 210 000. La firme n’ écoulait plus que 91 000 unités en 2012, 61 500 en 2015, année où elle a annoncé se replier sur le seul marché italien, 43 000 en 2020… Un sacré déclin.
Fondée à Turin en 1906 par Vincenzo Lancia, avec Claudio Fogolin et Davide Aupicci, la firme s’est vite forgée une image d’originalité et d’avant-garde technique. Qu’il a su conserver jusqu’aux années 1990. En 1937, Vincenzo Lancia meurt d'une crise cardiaque, à l'âge de 56 ans. Il n'assiste donc pas à la présentation de sa dernière voiture qu'il a personnellement mise au point, et qui constituera un grand succès commercial, du moins pour une marque aussi élitiste : l’Aprilia.
Rachat par Fiat en 1969
Celle-ci fera connaître le label internationalement. Son épouse et son fils, ingénieur, prennent alors la direction de la société. Lancia gagne progressivement ses lettres de lettres de noblesse de grand constructeur en 1950 avec la présentation de la belle Aurelia, dotée de raffinements techniques inouïs pour l’époque comme la suspension à quatre roues indépendantes et un groupe boîte de vitesses-embrayage-différentiel à l'arrière.
En 1956, la société passe cependant par une phase financière délicate et le groupe cimentier Italcementi la rachète. Lancia lance ses magnifiques Flaminia de très haut de gamme (1957), ses berlines de catégorie moyenne Flavia (1960) et Fulvia (1963). Avec près de 350 000 exemplaires, cette compacte sera notamment diffusée dans une sublime version coupé commercialisée en 1965, qui deviendra championne du monde des rallyes. La firme détiendra d’ailleurs le record du plus grand nombre de victoires et de titres remportés grâce à la Fulvia coupé, puis la Stratos et la Delta Integrale, sacrée six fois consécutives entre 1987 et 1992.
En 1969, Lancia, encore une fois en crise, perd toutefois son indépendance, rentrant dans le giron du groupe Fiat (en 1969). Cette appartenance lui redonne dans l’immédiat des nouveaux moyens financiers. Mais, en 1986, Fiat rachète aussi Alfa Romeo, le concurrent direct. Une cohabitation difficile. Incapable de gérer les deux marques, le groupe transalpin va progressivement sacrifier Lancia au profit d’Alfa Romeo.
Des Chrysler au catalogue
Les relances successives de la marque par Fiat auront toutes échoué. La dernière d’envergure, avec la Delta III lancée en 2008 sur la base d’une Fiat Bravo, sera incapable d’enrayer l'inexorable déclin. Cette Delta III de la dernière chance... ne remplira nullement son contrat. Pour être rentable, il lui aurait fallu 70 000 acheteurs par an selon la marque. Or, il s'en est fabriqué moins de la moitié dans sa meilleure année.
Comble de décadence : lorsqu’il reprendra Chrysler en 2010, Fiat affublera le catalogue Lancia de modèles américains obsolètes, qui finiront par dynamiter ce qu’il restait de l’image de noblesse et grande classe chez Lancia. Une gestion catastrophique. Décidément. Lancia est-elle condamnée à terme ? Maintenant que la firme est repassée sous le giron direct de la marque Fiat, on ne sait plus très bien quelle stratégie Stellantis va adopter à son égard. Un grand flou demeure. Les Lancia seront-elles juste des Fiat restylées, à peine un peu plus luxueuses ?





