Weinmann change de mains pour réduire sa dépendance au marché automobile

Fabio CROCCO
Weinmann change de mains pour réduire sa dépendance au marché automobile

© Weinmann

Repris par la famille Creplet, le fabricant alsacien de cabines de peinture entend diversifier ses débouchés industriels, renouer avec ses marchés à l'export et renforcer son service après-vente. Une nouvelle étape pour cette PME de Rosheim, qui prépare également de nouveaux recrutements.

C'est une transmission qui s'est opérée dans la discrétion. En mai dernier, André Courtois a cédé Weinmann Technologies à la famille Creplet, après une dizaine d'années passées à la tête du fabricant alsacien de cabines de peinture. L'opération n'a été rendue publique qu'en octobre, plusieurs mois après sa présentation aux salariés, réunis lors d'un séminaire interne en juin.

« Nous avons d'abord souhaité partager cette évolution avec les équipes, puis informer nos clients clés avant de communiquer plus largement », explique Amélia Weil-Fery, responsable marketing de Weinmann Technologies. Une démarche destinée à accompagner une transition sans bouleverser l'organisation de l'entreprise.

Car si l'actionnariat change, la direction opérationnelle et les équipes historiques restent en place. André Courtois conserve d'ailleurs un rôle actif au sein du conseil d'administration et continuera d'accompagner le développement commercial sur le marché automobile.

Les nouveaux propriétaires ne souhaitent pas être assimilés à un fonds d'investissement traditionnel. Le capital est désormais détenu par la famille Creplet, réunie au sein de la holding LOKEMAAN 1754.

À l'origine de cette opération figurent Frédéric Creplet, entrepreneur et coprésident du Club ETI Grand Est, Stéphanie Creplet, qui apporte son expertise financière, et leur fils Louis-Mattéo Creplet. Formé notamment à HEC dans le domaine de la reprise d'entreprise, ce dernier s'implique directement dans la gestion quotidienne de Weinmann en qualité de directeur des opérations.

Le projet familial répondait à la recherche d'une PME industrielle de niche, implantée en Alsace et disposant de perspectives de développement. Le fabricant de cabines de peinture correspondait à ces critères.

Du côté de Weinmann, cette transmission était préparée depuis plusieurs années. Une reprise par les cadres avait même été envisagée, avant d'être abandonnée en raison de ses conséquences financières. « Nous avons réfléchi à la possibilité de reprendre l'entreprise en interne. Mais cela aurait nécessité un endettement important, qui aurait réduit nos capacités de développement », explique Johan Angrand, directeur commercial. Selon lui, l'entreprise connaît une croissance à deux chiffres depuis une dizaine d'années et souhaitait préserver les moyens nécessaires à sa poursuite.

Reconquérir les marchés industriels historiques

Avec 56 collaborateurs et un chiffre d'affaires prévisionnel de 12,5 millions d'euros pour 2026, Weinmann Technologies réalise aujourd'hui l'essentiel de son activité dans l'automobile. L'entreprise revendique environ 30 % du marché français des cabines de peinture automobiles.  Elle réalise entre 50 et 60 projets par an, certains regroupant plusieurs équipements ou installations complètes.

Mais la dépendance au secteur automobile constitue désormais une limite à sa croissance. « Aujourd'hui, le marché automobile est un marché qui se resserre », constate Johan Angrand. Pour réduire cette exposition, le fabricant entend renouer avec des débouchés industriels qu'il avait progressivement délaissés. « Ce n'est pas une nouvelle conquête. Nous voulons reconquérir des marchés historiques sur lesquels nous étions déjà présents », précise le directeur commercial.

Weinmann dispose notamment d'une base installée chez des clients industriels et d'une expérience auprès de constructeurs automobiles, dont Renault et Stellantis, pour des équipements destinés à leurs usines. L'industrie, et notamment la défense, figurent désormais parmi les marchés ciblés.

L'objectif est autant de rechercher de nouveaux volumes que d'équilibrer les sources de revenus. « Quand l'automobile va un peu moins bien, il faut que l'industrie puisse prendre le relais, et inversement. Notre responsabilité, c'est aussi de sécuriser l'entreprise », résume Johan Angrand.

L'export et le SAV comme relais de croissance

Le second axe concerne les marchés étrangers de proximité. Weinmann souhaite renforcer son activité dans les pays limitrophes, en particulier la Suisse et la Belgique. L'entreprise dispose également d'un historique commercial en Allemagne, même si ce marché ne constitue pas une priorité immédiate. Cette démarche reste volontairement ciblée. Il ne s'agit pas d'engager une expansion internationale à grande échelle, mais de reprendre pied sur des territoires où le fabricant possède déjà des références.

Autre chantier : le service après-vente, dont l'activité progresse depuis deux ans. Sous la responsabilité de Lionel Rodriguez, Weinmann dispose de plus d'une dizaine de techniciens répartis sur le territoire français. L'entreprise travaille à une régionalisation de ses interventions afin de réduire les délais d'immobilisation des équipements. « L'objectif est de pouvoir intervenir en moins de 24 heures chez nos clients », indique Amélia Weil-Fery.

Pour les ateliers de carrosserie, la disponibilité des cabines et la rapidité des opérations de maintenance constituent des enjeux importants de productivité. Le développement des services pourrait ainsi permettre au fabricant de renforcer ses revenus récurrents, au-delà de la vente de nouvelles installations.

De nouvelles embauches, mais pas encore d'extension annoncée

Cette diversification devrait s'accompagner d'un renforcement des effectifs. Weinmann recherche déjà deux chefs de projet avant-vente et prévoit des besoins supplémentaires dans les fonctions commerciales et au bureau d'études. Amélia Weil-Fery évoque la perspective de plus d'une dizaine de recrutements, sans calendrier ni engagement chiffré définitif. « Nous recruterons en fonction des besoins et des compétences nécessaires. L'objectif n'est pas de grossir pour grossir », précise-t-elle.

Quant aux capacités industrielles, des réflexions sont engagées, mais aucune décision concernant une extension de l'usine ou la création d'une nouvelle unité de production n'est officiellement annoncée. Le fabricant dispose actuellement d'un réseau de sous-traitants et de partenaires industriels implantés à proximité de son site. Une chose paraît toutefois acquise : Weinmann entend maintenir son ancrage alsacien, à Rosheim, près de Strasbourg. À l'approche de son 60e anniversaire, en 2027, l'entreprise aborde donc une nouvelle phase de son histoire. 

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