Made in Europe : Toyota refuse une préférence européenne qui exclurait le Japon et la Turquie

Christophe CARIGNANO
Made in Europe : Toyota refuse une préférence européenne qui exclurait le Japon et la Turquie

Toyota veut défendre ses positions en Europe.

© Samuel Dhote

Alors que la France et l'Allemagne viennent de trouver un compromis sur l'avenir de l'industrie automobile européenne, Toyota défend une approche plus ouverte de la préférence communautaire. Le constructeur japonais réclame l'intégration de partenaires industriels comme le Royaume-Uni, la Turquie et le Japon dans les futurs dispositifs de soutien, tout en demandant davantage de souplesse sur les objectifs de réduction des émissions de CO2 à l'horizon 2035.

Qui ne demande rien, n'a rien ! En position délicate sur l'électrique en Europe, le constructeur japonais se cherche une place dans les nouvelles règles européennes. En effet, le compromis franco-allemand annoncé le 16 octobre sur les objectifs de CO2 et la préférence européenne ne fait pas l'unanimité parmi les constructeurs automobiles. Toyota Motor Europe vient de détailler sa propre vision de l'avenir de l'industrie automobile sur le continent. Le groupe japonais propose notamment de substituer au principe du « Made in Europe » celui du « Made with Europe », afin de reconnaître la contribution de plusieurs partenaires commerciaux et industriels de l'Union européenne.

Cette position, défendue dans un communiqué publié le 16 octobre, intervient alors que Bruxelles travaille à la définition de l'Industrial Accelerator Act, destiné notamment à favoriser la production européenne dans l'attribution de certains soutiens publics.

Pour Toyota, une préférence européenne limitée aux frontières communautaires risquerait de pénaliser des constructeurs qui investissent depuis plusieurs décennies sur le continent. Le groupe rappelle notamment qu'il possède huit usines en Europe et fait également fabriquer des véhicules dans cinq établissements partenaires. Il emploie directement plus de 25 000 personnes et travaille avec plus de 450 fournisseurs européens. « Toyota n'est pas un invité en Europe. Nous sommes un constructeur européen et nous voulons que l'industrie automobile européenne réussisse », affirme Yoshihiro Nakata, président-directeur général de Toyota Motor Europe.

Un marché de 31 millions de véhicules avec les partenaires de confiance

Toyota considère que la compétitivité industrielle européenne doit reposer sur une coopération élargie avec certains pays partenaires. Le constructeur cite explicitement le Royaume-Uni, la Turquie et le Japon. En intégrant ces marchés, le groupe estime que l'espace économique concerné représenterait environ 31 millions de véhicules, une dimension jugée nécessaire pour rivaliser avec les grands ensembles automobiles mondiaux.

Cette revendication intervient alors que le compromis franco-allemand prévoit la possibilité d'intégrer le Royaume-Uni au périmètre du Made in Europe, sous certaines conditions, mais ne réserve pas le même traitement à la Turquie et au Japon. La position de Toyota pourrait donc alimenter les discussions à Bruxelles. Le groupe souhaite notamment que les investissements réalisés dans la recherche, l'ingénierie et les chaînes d'approvisionnement soient mieux pris en compte dans les critères définissant la contribution industrielle européenne.

Toyota demande davantage de souplesse sur les émissions de CO2

Au-delà de la préférence européenne, Toyota réclame également une adaptation du calendrier réglementaire. Le constructeur estime que les objectifs de réduction des émissions doivent tenir compte de la demande réelle des automobilistes et des capacités industrielles.

Selon les projections avancées par Toyota, les voitures entièrement électriques pourraient représenter environ 45 % des ventes de véhicules neufs en Europe en 2030, alors que les exigences réglementaires actuelles correspondent à une proportion supérieure à 55 %. Pour éviter des pénalités et permettre aux industriels d'adapter progressivement leurs gammes, Toyota propose une période de mise en conformité de cinq ans, entre 2028 et 2032.

À l'horizon 2035, le groupe défend un objectif de réduction de 90 % des émissions de CO2, accompagné de mécanismes de flexibilité faisant notamment intervenir les carburants renouvelables et l'acier bas carbone. Toyota souhaite également que les véhicules fonctionnant exclusivement avec certains carburants renouvelables éligibles puissent être considérés comme des véhicules zéro émission dans le cadre réglementaire européen. Le constructeur demande par ailleurs un traitement spécifique des véhicules utilitaires légers, avec une réduction des émissions de 35 % en 2030 et de 80 % en 2035, assortie d'un mécanisme de calcul pluriannuel.

Une divergence supplémentaire entre les constructeurs

Les demandes de Toyota illustrent les divergences qui persistent au sein de l'industrie automobile européenne. Si Renault, Stellantis et Volkswagen ont soutenu le principe d'une préférence européenne renforcée, plusieurs constructeurs internationaux présents industriellement sur le continent souhaitent une définition plus large du périmètre géographique concerné. Le débat dépasse donc désormais la seule concurrence avec les marques chinoises. Il porte également sur la place des constructeurs japonais, coréens et américains dans les futurs dispositifs de soutien à la production européenne. Pour Toyota, l'enjeu consiste à préserver les chaînes d'approvisionnement existantes et à éviter qu'une réglementation trop restrictive ne fragilise des investissements déjà réalisés.

 

 

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