
Arrivés au cours des trois derniers mois, Jean-William Dubal et Paulina Nava représentent la nouvelle entité Tesla Semi-Truck France.
© Décision Poids Lourd / JLG
Pour sa cinquième édition, à Deauville (Calvados), l’évènement Connect Trucks s’est distingué en servant de décors à la première présentation française du Tesla Semi. Ce camion électrique y a été exposé pendant deux jours et les transporteurs en ont profité pour échanger avec les équipes de la marque. Personne n’est resté indifférent.
Voilà un camion qui s’est particulièrement fait désirer. Attendu avant même l’arrivée des premiers participants de l’évènement Connect Trucks, dont la cinquième édition se tenait début novembre 2026 à Deauville (Calvados), le Tesla Semi a eu quelques heures de retard en raison… d’une double crevaison. Ce ne sont pas les pneus Michelin de ce tracteur électrique qui ont rendu l’âme, mais bien ceux de la remorque le transportant depuis l’Allemagne jusqu’en Normandie. De fait, en l’absence d’homologation, le Tesla Semi n’a pas encore le droit de circuler sur les routes françaises. Une chose est sûre, sa présence à Connect Trucks 2026 n’a rien d’anodin puisqu’il s’agit tout bonnement de sa première présentation officielle dans l’Hexagone. La centaine de transporteurs routiers rassemblés sur place a donc eu une exclusivité nationale, ainsi que l’opportunité de découvrir le camion et d’échanger avec les équipes dédiées chez Tesla France.
Beaucoup de secrets autour d’un camion surprenant
À première vue, le Semi ne ressemble à aucun autre tracteur routier. Sa cabine au profil plongeant, que l’on imagine sculptée pour fendre l'air avec un minimum de résistance, pourrait rappeler la silhouette d’un cétacé. Ce béluga électrique se distingue également par ses rétrocaméras positionnées sur la partie inférieure des vitres, bien plus bas que ce à quoi nous sommes accoutumés. À l’intérieur, les habitués de la marque californienne ne devraient pas être dépaysés. C’est aussi épuré que dans un Model Y, avec un volant identique à celui du SUV et deux écrans entourant un conducteur placé en position centrale. Pour ce qui est de la fiche technique, tout juste sait-on que le Semi pèse 9 100 kilos, qu’il affiche un PTRA de 40 tonnes, promet une autonomie de 550 kilomètres et peut recharger à 800 kW. La capacité de la batterie ? Confidentielle. Sa chimie ? Egalement secrète.
À moins de posséder l’une des voitures de la marque, les transporteurs routiers ne sont pas forcément familiers avec l’univers Tesla. Les méthodes californiennes ont donc surpris plusieurs d’entre eux. « Moi, ce qui m’intéresse, c’est le prix. Quand je leur ai demandé, ils m’ont dit que nous pourrions nous revoir pour en discuter mais qu’il faudra que je signe un accord de confidentialité pour ne pas en parler. Je n’ai jamais vu ça, mais ce n’est pas avec ce procédé qu’on construit une relation de confiance », nous dira-t-on de manière anonyme. Une chose est claire, aucun professionnel n’est resté indifférent face au Semi. Lors d’une véritable démonstration d’éloquence commerciale, les équipes françaises ont enchainé les présentations en offrant une réponse à chacune des questions en apparence difficiles.
Premières livraisons en France fin 2027
Chargés du développement de la partie industrielle de Tesla en France depuis août dernier, Jean-William Dubal et sa collègue Paulina Nava ont surtout fait face à une remarque : « Où est la couchette ? » Le Semi n’en a tout simplement pas. Même la version Long Range, commercialisée aux Etats-Unis et affichant 800 kilomètres d’autonomie, n’a aucun couchage pour les chauffeurs. « C’est l’un des sujets sur lequel nous planchons pour le marché français, car il n’y a pas de demande en Amérique du Nord », renseigne le responsable de l’entité Tesla Semi-Truck France devant des transporteurs particulièrement surpris. Minimaliste mais distinguable par des portes antagonistes des deux côtés, l’habitacle du camion n’abrite qu’un deuxième siège à l’arrière. « Il y a l'essentiel, mais on est à l'écoute et des choses peuvent être considérées, comme la couchette », assure un Jean-William Dubal notant chacun des retours formulés par les transporteurs.
Plusieurs questions restent néanmoins en suspens. Tesla n’a pas encore communiqué de résultats aux crash-tests et le fait que le Semi soit, pour l’heure, fabriqué au Nevada le prive des aides CEE. « Il est assez futuriste et révolutionne l’emplacement du conducteur. La position de conduite me fait penser à celle d’un train, mais là, ce qu’il faut, c’est l’essayer », estime Gilles Duboc, le PDG du transporteur de conteneurs maritimes Transports Duboc. Le calendrier du constructeur nord-américain prévoit justement les premiers tests dès mars prochain, avec des livraisons attendues pour la fin d’année 2027. Concernant le siège placé au milieu, Jean-William Dubal confirme qu’il faut quatre jours d’adaptation aux chauffeurs : « Après ça, ils comprennent tous pourquoi nous avons choisi cette position de conduite. » Il nous indique d’ailleurs que le Semi propose le même rayon de braquage que le Model Y.
Trois moteurs électriques et la question de l’image
La présentation technique du véhicule nous renseigne également sur la configuration en 6x2, avec deux moteurs électriques sur le deuxième essieu – apportant la puissance – et un autre sur l’essieu arrière pour l’efficience. « Ce système nous fait consommer moins d'énergie », renseigne le responsable, refusant d’indiquer combien de batteries prennent place sous le plancher du Semi. À Deauville, un autre transporteur, témoignant anonymement, s’inquiète plutôt de la position des rétrocaméras : « Elles sont longues, j’ai peur qu’elles cassent après un choc. Et en étant aussi basses, je crains que des personnes mal lunées s’y suspendent en ville. Surtout qu’on ne connait pas encore l’envergure du réseau Tesla en cas de pépin. » Sur ce point, le constructeur a évidemment choisi d’internaliser toute la distribution, avec des ateliers en propre via une nouvelle entité. Le maillage aurait même déjà commencé à s’établir.
Le Tesla Semi étonne, interpelle, et représente finalement tout ce à quoi les routiers ne sont pas habitués. « Il peut faire bouger les autres constructeurs », estiment d’une même voix Nadège et Ivan Jolivet, les dirigeants de 35 Transports. Evoquant l’intérieur « spartiate » et la silhouette « très aérodynamique », ces spécialistes du vrac agricole voient plusieurs avantages techniques à souligner : « À notre connaissance, personne ne permet d’avoir ce poids embarqué. Il propose une recharge à 800 kW mais manque d’équipement. Ce n’est pas possible d’oublier la couchette, ne serait-ce que pour les pauses. Nos conducteurs ont un affect pour leurs véhicules et l'intérieur pourrait ne pas sembler assez accueillant. » Le couple de transporteurs s’interroge finalement sur l’image que renverrait leur entreprise avec un véhicule lié au polarisant Elon Musk. « C’est une vraie problématique sur les marchés européens, alors que le produit pourrait être très bien. »
Le réseau Megacharger pour les camions électriques
S’étant déjà distingué avec ses Superchargers, Tesla a imaginé un concept similaire d’infrastructures de recharge ultra-rapide pour les poids lourds électriques. Le réseau baptisé Megacharger est ainsi en capacité de délivrer une puissance pouvant atteindre 1,2 MW. Grâce à elle, les batteries du Tesla Semi pourraient récupérer 60 % de leur capacité en moins d’une demi-heure. L’objectif est de proposer 100 stations Megacharger en Europe d’ici la fin 2027, et onze ont déjà été signées en France. De son côté, le tracteur routier n’affiche officiellement aucun objectif de ventes dans nos contrées. Jean-William Dubal, le responsable de Tesla Semi-Truck France, se montre optimiste : « On constate un gros rythme de commandes aux Etats-Unis. » Reste à savoir si le marché tricolore sera aussi réceptif.












