Volkswagen, un malade imaginaire où les symptômes « d’une tempête parfaite »

Ludovic BELLANGER
Volkswagen, un malade imaginaire où les symptômes « d’une tempête parfaite »

La crise s’amplifie au sein du groupe Volkswagen, qui pourrait se saisir de la situation pour justifier un vaste plan d’économies.

© Volkswagen AG

Dans le sillage de l’annonce d’une perte de 5,8 milliards d’euros, le premier constructeur automobile européen a suspendu le développement de la Golf électrique. La dégradation financière du groupe n’est pas sans rappeler la crise vécue par Stellantis. Mais pour Volkswagen, les signaux restent au vert.

Une perte opérationnelle de 5,86 milliards d’euros au 3e trimestre, une marge négative de 7,8%, et une production en chute de 16%. Cette réalité aurait envoyé au tapis nombre de constructeur. Touché mais pas coulé, Volkswagen Group a continué de verser des dividendes, à 5,20 euros par action au printemps, tandis que la nouvelle ID.Polo fait figure de candidate sérieuse au titre de Voiture de l’Année. Le groupe reste aussi, le premier constructeur automobile européen.

Pour autant, cette dégradation confirme la crise traversée par la firme depuis plusieurs mois déjà. De fait, les annonces récentes tendent à justifier le plan de restructuration avancé. Rappelons que Volkswagen avait annoncé début septembre, la réduction de son portefeuille de modèles d’environ 50% d’ici à 2035. Face à ces difficultés financières et technique, son plan pour l’avenir intègre également la suppression de 50 000 emplois.

Partager des usines allemandes avec un constructeur chinois

Mais l’ampleur des pertes annoncées, pourraient relancer le débat autour de la fermeture d’usines en Allemagne, ou le partage de ses unités de production avec un constructeur chinois, sur le modèle de Stellantis à Rennes avec Dongfeng, ou en Espagne aux côtés de Leapmotor. 

Les incertitudes entourant l’avenir des usines d’Emden, d’Hanovre, de Zwickau et de Neckarsul, restent en effet entières. Volkswagen estimant ne pas pouvoir garantir de nouvelle affectation industrielle à ces sites, à partir de 2031-2034. D’autant que le groupe est confronté à des surcapacités de production. 

Selon les estimations, les usines du constructeur tourneraient en moyenne à environ 80% de leurs capacités en Europe. Mais les disparités seraient notables d’un site à un autre. Face à ce défi structurel, Oliver Blume, CEO de Volkswagen Group, n’exclurait plus une éventuelle cohabitation industrielle. Cette perspective pourrait retenir l’attention de SAIC (MG), FAW, JAC, ou bien de son partenaire chinois XPeng.

Généraliser la plateforme logiciel XPeng 

Sur le plan technique, Volkswagen pourrait aussi miser sur la plateforme logiciel de ce partenaire stratégique pour jouer la carte des économies, et palier aux retards de sa filiale technologique Cariad. Selon les informations du magazine allemand Manager Magazin, la China Electronic Architecture (CEA), développée conjointement par Volkswagen et XPeng, pourrait servir de base aux prochaines générations de véhicules des marques Volkswagen, Škoda et Cupra. Cette standardisation concernerait environ 75 % des futurs modèles de ces trois marques, avec l’objectif d’abaisser les temps de développement. Rappelons que l'architecture logicielle de XPeng, promet également de réduire de près de 30 % le nombre de calculateurs électroniques intégrés dans le véhicule

Un parallèle avec la crise de Stellantis

La crise traversée par le constructeur allemand, n’est pas sans rappeler celle vécue par Stellantis. Pour autant, la comparaison présente ses limites malgré des symptômes financiers et industriels similaires.

Du côté de Volkswagen, les pertes sont amplifiées par la croissance du marché de l’électrique dont les modèles se révèlent moins rentables. Elles sont associées également à l’essoufflement de ses ventes en Chine, et à la concurrence des marques chinoises en Europe synonyme de pression sur les prix. De fait, ses surcoûts de production en Allemagne, la complexité de ses gammes, et l’internalisation des logiciels, ont fait office de facteurs déclenchants. 

Là où Stellantis a pâti de ses surstocks aux États-Unis, de sa stratégie sur l’électrique, et d’une rationalisation des coûts qui a impacté ses réseaux de distribution, la fiabilité de ses modèles, jusqu’à écorner l’image de ses marques. Reste à savoir désormais, qui de Volkswagen ou de Stellantis se redressera le plus rapidement.

 

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